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ether
truie
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drone

Last lights, last words.

28.6.05
Monoccide

nous sommes le métal
le reflet gris sous les zones claires
les zones étranges où disparates
osent disparaître les couleurs

finalement pourtant ne
resteront à goutte
goutte que coûte
à l'anti-orée aride
ce genre d'absurdités
avant envers et contre
l'incision - monoxyde

sous les steppes du cri
sous la glace fondue
j'écris la sueur - pas les mots
comme au rebord des images ne plus avoir prise
comme au rivage dans l'écume

dans la cuisine
à la fenêtre ses barreaux en coton
à compter les éphémères
au plafond
l'échiquier terne du réverbère
vivre dans l'amalgame de ces morts
l'échec blême du versement vital
sauf l'idée germe de renaître la vague
sous ses caresses volutes et admettre
l'acquiescement à la surface
d'un suicide sciemment
cette fois-ci pourtant
songer l'immersion la singer à temps
sous un voile invisible interface intangible
dévoilée alors - mais là inodore
létale incolore.
26.6.05
Section 3
Jean-Taule

Rouen. Une voiture pulvérise la devanture d’un bar-tabac.

« On a entendu un coup de frein et puis la voiture est arrivée comme une bombe. Elle a sectionné le feu tricolore avant de défoncer la vitrine. On a juste eu le temps de se pousser. »

Il est midi. L’intérieur du bar-tabac Le Boyard, sur la rive gauche de Rouen, est complètement dévasté. Au comptoir, des clients prennent tranquillement leur pastis. Une demi-heure plus tôt, une Renault 20 est entrée dans le bar sans crier gare.
« C’est un miracle. Si l’accident avait eu lieu à 10 heures ou à midi, il y aurait certainement eu des morts » affirme la patronne, Annie Hesse. Le lycée industriel est tout proche. Les élèves ont l’habitude de venir s’asseoir près de la vitrine, à l’endroit exact où la voiture a terminé sa course. La vitrine a volé en éclats. Un pilier a été déplacé de quelques centimètres. Des morceaux de verre ont été retrouvés à proximité de la caisse du tabac. Un caniche qui se trouvait sur le trottoir en compagnie de son maître est mort écrasé. Le conducteur de la Renault 20 venait de se soustraire à un contrôle de police. Il prenait la fuite et roulait à vive allure dans la rue Méridienne en direction de la place Voltaire. Arrivé à l’intersection de la rue d’Elbeuf et de la rue Méridienne, Édouard Mendy, un habitant du Petit-Quevilly âgé de 20 ans, est entré en collision avec une Volkswagen Coccinelle conduite par Eberhard Demme, un habitant de Saint-Pierre-lès-Elbeuf âgé de 52 ans, qui circulait rue d’Elbeuf et se dirigeait vers le boulevard de l’Europe.

Sous le choc, la Renault 20 a été projetée contre le feu tricolore et elle a fini sa course dans la devanture du bar-tabac. Légèrement blessé, le conducteur de la Coccinelle a été transporté à l’hôpital du Petit-Quevilly. Par miracle, cet accident spectaculaire n’a pas fait d’autre blessé.

***
On était cons. Trois mecs qui marchaient comme des chewing-gums, les épaules rentrées en dedans, et des jambes courbées comme celles des cow-boys. On était sortis des cours – ce lycée industriel nous foutait des crampes à l’avenir – et comme on avait un énorme paquet de schit dans le véhicule on avait dit à Édouard : Fonce ! Fonce ! T’arrête pas !

***

On était sortis de la voiture en trombe, seul était resté Édouard, secoué, îvre sur le volant. Je suis un rat / ou un lapin, au choix : je suis flippé, paranoïaque, pétrifié de peur dans le monde, surtout quand j’ai fumé. Alors je m’étais éclipsé sournoisement, calmement, je marchais comme un automate, surveillant chacun de mes gestes, pas un de trop, les policiers ne me virent pas, plus loin j’effectuais de grandes enjambées afin de revenir chez moi. Édouard fut arrêté. Afin de l’aider à payer les dédommagements (vitrine cassée, mec blessé, caniche assassiné), nous braquâmes une fleuriste avec de vrais pistolets. Elle nous dit : « Allez-vous faire foutre ! » Marc lui foutut un coup de crosse sur le crâne, elle s’évanouit, on détala comme des renards. On planqua les pistolets dans une cave, on revint les chercher plus tard.
Peut-être à force d’avoir vu Scarface, le Parrain. Je les regarde encore ces films, ils me font toujours le même effet. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être méchant. Mauvais. Gangster. Dur. Je n’ai jamais supporté d’être né gentil. Ça ne m’allait pas. Aimer non plus, ça ne me va pas des masses. J’oscille en fait. Je m’arrange pour tout foutre en l’air. À cette époque, l’époque des mes dix-huit ans, je carburais à la bière – 2 packs/jour – et au whisky – une bouteille/jour. J’écoutais le Wutang, je me sentais bien. La vie était une petite merde, et je trouvais ma consolation dans sa destruction. Pauvre ou riche, de tout façon, le bonheur ne se trouve jamais. Où qu’on aille de toute façon, il n’y a nulle part où aller, juste quelqu’un à rencontrer. Au mieux. Peut-être un jour.

Je ne suis pas là pour faire de jolies phrases comme ce con de Martin, non pour moi, le monde est sec. Non, la lune ne se recroqueville pas sous une giclée nuageuse, non je ne gobe pas des grains de beauté sur une peau laiteuse. APPRENDS-MOI UN NOUVEAU LANGAGE, CRÉTIN, UN LANGAGE QUI AIT UN SENS POUR MOI. Avoir le temps pour ces conneries et ces images creuses, c’est qu’on ressent encore quelque plaisir pour l’habit, cette surface. Or le monde est sec, et j’ai froid. Si j’avais su ce qu’était le monde, je ne serais pas sorti de la fente de ma mère, je serait resté accroché aux boyaux, suicidé dans le ventre, mort comme un cancre. On ne se doute pas bien de ce qui va se passer, d’ailleurs, toute sa vie on ne s’en doute jamais. Il en faut, des tonnes de courage pour supporter une conscience, un cerveau, ses rouages à la mords-moi le nœud, ses complications indigestes, alors c’est pour ça que parfois on glisse un grain de sable dans l’engrenage, on sabote le destin. Parce qu’il faut que ça s’arrête. À douze ans, je ne savais vraiment pas ce que je foutais là, tout ce que je savais, c’est que je voulais être méchant.

Solutions pour supporter une conscience :

1. Se calfeutrer dans des prisons mentales.
La prison mentale est un processus élaboré depuis l’enfance, afin de se soustraire au hasard, aux hommes, toutes ces choses transitoires qui font peur parce qu’elles ne durent jamais. La prison est un mécanisme qu’on instaure en réponse au monde, notre propre branchement au monde. Nous nous pencherons ici sur certains cas, particuliers, ayant trait à nos personnages.

2. L’homme développe une interface entre lui et le monde. Une « politesse ». Dans le cas des hommes sans âmes et gonflés de peur, seront développées des prisons ayant trait à la surface.
Cas standard n°1 : s’adapter au monde, tel qu’on nous le propose (ne rien risquer – être esclave). Acheter de beaux habits pour plaire, se maquiller, tenter de rester beau et avenant le plus longtemps possible. Dans le cas d’un homme : mener une carrière, qui assurera plénitude immobilière. BMW, cable satellite, penderie, soirées entre amis, femme coordonnée à dernier modèle de cafetière Braun, assurance retraite, assurance maladie, payer impôts, faire tout bien, s’assurer qu’on fait tout bien comme on vous le dit, comme on vous l’a toujours dit. Il faut faire « bien ». S’insérer. Être heureux de s’insérer. Plénitude totale. Dans le cas d’une femme : rester jeune, sortir avec mec qui vous tronche comme une chienne mais qui vous offre des fleurs le matin en vous disant je t’aime. Dans le cas de la plupart des femmes : ce serait mieux, si c’était pas un pouilleux. Quelque-chose de convenable, qui correspond aux publicités sur le cable. Avoir des enfants, être en sécurité, pouvoir le présenter aux parents, avoir de l’argent.

3. Les interfaces les plus sournoises :
Certains hommes veulent se positionner en dehors de la masse. Mais, et c’est comme pour l’écriture, vouloir écrire pour « écrire », vouloir peindre pour « peindre », vouloir… quand il y a juste volonté d’un positionnement, et non une nécessité qui vous dévore le ventre, alors on peut affirmer que ces hommes-là ont développé tout juste, et seulement, une prison, certes plus aguicheuse, à parfum de scandale, mais aussi fausse que des reins siliconés. La prison est vaste, multiple. On veut se cacher sous un modèle. Notre société en véhicule beaucoup : modèle du riche parvenu dents blanches mal coiffé gel porsche, modèle de l’ « artiste » habit déchaîné au milieu des soirées, parle plus fort que les autres (mais on lui pardonne tout) carré blanc sur fond blanc, mais vous comprenez, dans ces temps de néant…

4. Il y a des cas, où la prison n’existe pas. Il y a juste une voix pure, qui parle comme elle sent. Et elle ne s’y retrouve pas. Il n’y a besoin d’aucun positionnement, il y a certainement le besoin d’en trouver, mais aucun qui soit proposé, préfabriqué, ne convient. Parce que : tout sauf la prison. La prison mentale. La brillance (car la prison n’a qu’un but : plaire. Adopter une stratégie pour plaire. Quadriller, dresser des plans de soi, étudier Nietzche et se vouloir savant, aussi facticement que d’autres veulent entrer au Cabaret. La prison vous modèle et sculpte en automate). C’est un refuge. Vous me direz : qui n’a pas peur, qui n’a pas peur du monde, des autres, de ne pas être aimé. Personne. Mais parfois, on préfère moisir seul, qu’être en prison, que de supporter les verbiages accoutumés et les plans de carrière. Certains ne veulent pas être vedettes, certains ne veulent pas être humains. Parce qu’humain, ce n’est au fond qu’être un système, un ensemble de réactions vaniteuses à des stimulis sociaux, des réactions prévisibles, des calculs, des prévisions de l’autre, on mise sur lui comme sur un cheval, on mise sur soi une lueur de triomphe dans l’œil. Mais certains finissent dans des chambres sales et sombres et maudissent le fait de ne plus pouvoir parler. Parce que ça vous coupe l’essence. Les ânes. On écrit pour les ânes. Mais attention, les ânes ne vous écouteront que si vous brandissez pièce de conviction à l’appui. Curriculum vitae. Ah, les ânes ! Si prévisibles, si commotionnés, si handicapés, la noblesse de leur cœur équivaut à la sveltesse, de mon balai de chiottes.


J’ai rencontré Dinguo en juillet dernier, évidemment je lui sortais dans le métro des je suis là maintenant, nous nous sommes trouvés, et les femmes croient toutes ces choses. Les femmes ont un imaginaire surdéveloppé. Qu’est-ce qu’elles croient en l’homme, bien plus que nous, qu’est-ce qu’elles peuvent pardonner, faiblesse atavique. Et nous, on se blottit là parfois, comme des enfants désertés.

Je n’ai jamais vraiment su aimer. Je le sais dans les gestes. Je sais entourer de tartines grillées, café, sourires, la femme. Mais ces gestes, je peux les reproduire à l’infini, pour n’importe quelle femme. Il me suffit de savoir qu’elle a besoin d’être sauvée. Voilà ma prison : la drogue et cet écran qu’elle projette entre moi et le monde et mon incapacité à décider, prendre la décision d’aimer, par exemple. Je suis le même dans n’importe quelle situation, alors qu’il me semble que l’autre et la vie sont faits pour vous changer un tout petit peu. Je ne varie pas. Je suis inconstant. J’ai adopté un mode automatique dans ma façon d’aimer. Un cul est un cul. Je baise cette femme aussi bien qu’une autre. Il n’y a pas de sentiment. La seule chose qui en révèle peut-être, c’est qu’avec elle je vis. Mais je pourrais aussi bien baiser ailleurs.

Vouloir être quelque-chose, voilà ma prison. Vouloir gâcher en fait partie.
First sight in bloom (draft)

25.6.05
depuis, le temps rongé se transforme en soupir, en travers, la gorge.

je veux revoir les rues à six sept heures de l'après-minuit. la constance du ciel qu'ils disent canicule mais que nous voyons presque fresque plancton, les yeux hagards égarés d'un nénuphar de notes, un peu plus tôt - d'un barycentre nous savons maintenant redessiner la ville, dans ses pas circonvolués dans ses cheveux directives légères. au barycentre de nos yeux donc - de nouveaux, et enfin découvrons celui du lieu. j'y versais, dans l'informe orange d'une convergence typographique, radiance ressourçante qui inonderait les cerveaux Bastard comme le plafond dit les vagues du polyuréthane.

où elle a dansé les rues d'un autre sud
n'a-t-elle pas tracé le point qui permet
de nous, entre, tacite -
barycentre
d'y voir le monde, autrement

après le barycentre, nuances :
Bird / Electric Fury / Bastard / Düne.
où celui qui écrit à l'épée dans l'eau vient consulter celle dont l'arrière-tête se déploie comme ceux de la pierre bleue. elle connaît les démons des murs qui graffent leur sauveur sur les arches contre-cerveaux. mais elle, allongée, scande les mots bientôt magnifiés sur l'écru, au flux vrai qu'inspire musicien sous rocher - pour que l'incubé son orgue à neutrons sache le diapason.



[que ce putain d'orage éclate - que je puisse écrire]
24.6.05
Je lui dis: nous, c'est un dialogue au-delà des mots.

Courants d'air.

Il dit: je suis désespérément triste, et heureux.

Nous tournons autour du centre, non comme des vautours, mais comme des oiseaux fascinés par la lumière.

Des Icare ?
23.6.05
447

398

401



« JE SUIS SEULE AUX CHIOTTES LES DIFFÉRENCES ENTRE FOU ET SAIN D’ESPRIT. EST-CE QUE QUELQU’UN SAIT CE QUI SE PASSE ?

Cher crétin : Il n’y a vraiment pas de plan. Je ne comprends pas ce qui se passe. Je ne sais pas parler. Je t’aime bien.

Chère Hester : Je n’ai pas envie de m’enfuir avec toi et de devenir un pirate. Je veux juste sauver mon âme.
Sincèrement,
Crétin. »

(Sang et stupre au lycée, Cathy Acker).
21.6.05
Prise notes juin 2005.




Poésie pour un môme alternatif.

Un juillet rouge.

Ataraxie d’un poète plaintif.

Son nez de clown écrasé.

La gelée vissée sur l’évier
D’un amour crevé.

Il tangue, à mort.

Juillet dans sa douche, transpire des flaques de doute.

Sa bouche pleine de craie vomit des clous.

Section « lendemain d’une fuite de rages ».

Au premier étage de son marécage il s’installe genoux caves.

Martin lui aussi s’ignore en compagnie de ses morts. (Cathy Acker lui ressert un verre).

Sur ses doigts il compte les racines mouillées, renifle la paume : une odeur de reins. Crève tout bas l’été, ses carrefours d’idiots édentés, une enfant au soleil téléguide un voilier dans le bassin. C’est plutôt calme tout compte fait, il y a quelques silhouettes au loin dans le parc, de grandes ombres perdues, un chien mouillé vient le renifler. Martin s’assoit sur une chaise rouillée, déplie un journal qu’il ne lira pas, il regarde la fille qui regarde le voilier. C’était si facile avant, se dit Martin. Entre son pouce et son index s’agite la page 4 du « Bavard » :

« Dans les heures décisives où le refus s’exprime au grand jour, la parole cesse d’être le privilège de quelques-uns ; elle renonce à s’affirmer dans celui qui l’exerce pour s’effacer devant la vérité d’une parole commune qui, surgie d’un monde livré à l’assoupissement, traduit l’effervescence de la vie.
Comme une telle parole est rare, nous nous en apercevons à la surprise émerveillée qu’elle fait naître en nous : en face d’elle, nous nous sentons de trop, avec elle, nous avons partie liée. Notre mutisme — qui a le sens d’une veillée pathétique — est alors la seule forme sous laquelle il nous appartient de nous rendre présents à l’avènement d’une force neuve, ombrageusement hostile à tout ce qui viendrait la capter et l’asservir, subordonnée à rien d’autre qu’au mouvement souverain qui la porte. Ce qui s’y révèle sur un mode beaucoup plus actif que la simple protestation romantique, c’est le rêve d’une rupture sans retour avec le monde du calcul. Il faut souligner que sa naïveté, parfois à la limite de l’enfantillage, dissimule une vérité profonde dont cette naïveté même est comme le principe et la garantie.
Elle nous parle et nous répond au cœur de nous-mêmes en ce qu’elle obéit aux règles d’une raison qui ne démord pas et que, par une sorte de renversement hardi, elle substitue à l’opération froide et calculée du langage tactique (où, à travers la parodie du sérieux, s’étalent la duplicité, la suffisance obtuse) une vivacité et un naturel désarmant ; sans égard pour un monde comprimé par les convenances et les usages — auquel pour peu qu’il cherche à l’endoctriner ou à la mettre à son pas, elle oppose une ténacité calme, mais comme est calme la parole qui, si elle ne se retenait pas, éclaterait en un rire irrévérencieux. (Rarement, on aura mieux ri qu’en ces jours de mai… Cette humeur bon enfant où ne subsistait rien de louche, de maladif, en dépit des épreuves auxquelles étaient soumis les nerfs).
Parole donnée à tous, dite par tous et qui ne semble avoir été dite encore par personne — qui n’apporte sans doute ni certitude ni clarté — dont chacun use avec une abondance jamais lassée, voisine de la dilapidation — mais qui s’éclaire mieux par l’éclat de sa disparition que par la survie d’une parole écrite.
Quel que soit le discrédit dont ce mouvement est l’objet de la part de ceux qu’il offusque et dérange, et qui s’emploient déjà à lui faire expier son défi insolent — dût-il lui-même déboucher pour un temps sur le vide de la désillusion — nous savons que demeurera intacte sa force d’ébranlement et que rien ne pourra altérer la pureté de son visage, nulle composition, nul accord avec une société qui s’abrite peureusement derrière une parole autoritaire contre laquelle s’est dressée, dans toute la souveraineté de sa fraîcheur, cette parole bouleversante sortie comme la vérité de la bouche d’un enfant ».

Martin pose la page 4 sur la joue de la gosse, il se dit : la seule chose qui tienne en haleine dans un livre, c’est un soi entièrement déjeté, sans enjolivures agaçantes, ainsi qu’un sentiment d’urgence et d’imminence. La vie, en somme, avec la certitude d’un drame en filigrane. C’est ce qui fait qu’on va au bout d’un livre : quand il est comme la vie. Il n’y a pas de technique pour vivre. Il y a bien une pléthore de techniques pour survivre socialement, mais aucune théorie qui évite la mort. Un livre bavard est un livre qui applique ses techniques de survie sociale au sein de son écriture (la survie sociale implique des règles de politesse, syntaxiques entre autres). Dissoudre le monde du calcul, accepter la mort, enlever la graisse sur le muscle : ne plus réifier le livre, ne plus le contempler comme un objet, à bout de bras. Non, il doit être un morceau de chair, un pavé de sang. « La viande », disait Bacon, mais aussi : « Ce qui s’agite en toi finira par trouver sa forme » - Kerouac.

***

Vendredi 21h, il s’agissait de rejoindre Jarvis / objectif Ahosera quai de la gare. Jarvis appelle Polly — où êtes-vous ? — nous arrivons, courons. Et nous courions courions, ça pour sûr quelle giclée. Arrivons à quai : femme à gauche quatre enfants, bonbonne rougeaude à l’hémisphère vicié, un pétillement mauvais dans le regard, mais déploiement maternel de rigueur après longue absence, aussi quelques tapes affectueuses sur le caillou de ses gosses. Ahosera joviale, sac au bras, et puis la liberté de l’été au milieu des gravats. La gorge sèche repartons, quelle affaire, et cette course et cette pluie dans les cheveux, on s'essuyait la sueur. Et c’est alors que commencent vendredi samedi dimanche qui n’en finissent pas, un long fil, très long fil ininterrompu, dialogue d’oeil inépuisable, qui n’en finira de toute façon jamais. Je ne vois pas comment.

Je sais. C’est un peu court. Mais je n’y arrive pas. Je suppose qu’on ne peut pas toujours mettre des mots.

Tu nous manques déjà. Après tout, ça se résume à ça.
13.6.05
Ahaha i'm laughing.

L'homme a un besoin viscéral de tout contrôler, car c'est un Grand Effrayé.
Le Grand Effrayé se rêverait invincible, il adore la SF et bouffe toujours ses aliments conditionnés sous cellophane.
Si le Grand Effrayé ouvre son congélateur, c'est pour vérifier que son coeur est toujours à sa place. Qu'il se rassure: on ne lui a pas encore piqué. Seulement, chaque jour, il se pose la même question: qu'en faire ?
Le Grand Effrayé est un homme qui voit, a vu, verra beaucoup plus que les autres - c'est sans précédent cette accumulation d'images, de sons, de données, etc - mais rarement en voyant en profondeur, toujours à la surface, opaque, sans jamais s'avouer qu'à force de voir autant il commence à avoir le même handicap qu'un aveugle.
9.6.05
Extinction (deux sur deux zéro)

fréquence floue
l'oeil glacé
torve les membres lanières
peu à peu
arrachés filets de chair
glissent vermicelles sur l'illusoire
rugosité

puis démembré exister
dans la propension tactile
impossible

la vague se rembobine toujours lucide pellicule horrible

et derrière encore il faut affronter les surfaces
chaque matin qui se recomposent inconscientes
miroirs où les yeux rouges délétères s'enterrent
à ne plus souhaiter que la nuit soit inextinguible
pour les voir se dissoudre difformes danser sur leurs cendres
au matin alors comme issu d'un rêve suave tissu nucléaire

les membres absents pourtant insignifiants
devant ces ravins où l'on s'est précipité pour
dire vivre
pour ainsi
dire

nous existons dans la projection de nous-mêmes dans la distance-vide qui nous sépare du monde
des autres
croyant alors les y retrouver -
ne faudrait-il pas plutôt se résorber en sa source avant de pénétrer consistants cet espace où s'éviscèrent parfois aux lisières d'ombres longues des invideurs hurlés invidés hurleurs jusqu'à survoler l'asymptote solitude scarifiante

jusqu'à être ce qu'ils sont dans toute leur stupeur
8.6.05
Are you expecting something alive behind ?

7.6.05


l
reboot
>

"i care because you do"

contre toute attente

l'incarnation s'est opérée
le statu quo déliquescent a explosé
je quitte l'interzone, les parois chitineuses sont en voie de reconstitution
tous les paramètres réinitialisés
concentration reboot

l'accélération l'aiguillon un nouveau paradigme une explosion
les données arrivent en cascade, le flux est réouvert
des volutes de fumée dissimulent la réactivation des cellules neuronales
les bioprocesseurs rétablissent petit à petit tous les protocoles d'échanges
la neuromère cardiaque vrombit, les plaques de l'épicuticule s'étendent,
plus sombres et plus fortes, arthromorphe en phase d'incubation
s'agitant dans une gangue racornie

contre toute attente

Extinction

les passants qui défilent comme des gouttes
et leurs regards s'érodent
ne cherchant à s'infiltrer dans les
vides pourtant laissés
entre
continue
c'est un désert
trébuche les mains spirales
spirales
tracent des ombres
fugitives comme les mots mouches inutiles
tournent derviches sinon pilules
considère
que vers le sable
cornées jamais graines jamais givrées
les mots avalés
froids forent leur flamme blanche
les mots mutilent des visages
où les os affleurent obscènes

mais ne rien reconstruire car on ne peut pas bâtir de chateaux de sable dans un désert
seulement marcher
marcher entre les carrés tant
qu'impossible où le vide
n'est plus permis
danse sous mes pieds autour
l'échiquier

je ne sais plus être mes personnages
juste marcher juste mal jusqu'au bord
et qu'alors je sais les
être
mais ils sont morts

le sol sans sommeil sans col me somme l'alternance lisse
des faces mauves
qui me disent les mêmes graines
me désertent les mêmes scènes
chaque pas est un rivage
chaque souffle la même vague
qui après tout aurait pu
m'entraîner de ces fonds vers
et faire qu'informe sur le sable
la visibilité supérieure d'un cadavre -
la fin de la transparence
6.6.05
510
3.6.05
void is just a point, an ending point without desire.
2.6.05
Théorème de l’assassin

Section 1.

Trente trois ans âge du Triste, cervelle défroquée dans tours viciées, Ignatus Bêlard s’irrigue en stationnements inédits sur tous les promontoires, se disperse à tous angles selon proportions de sa mâchoire. Ignatus Bêlard – Ignare Bêlatus – bêle ignare sa petite gangue fouettarde. Petit matin écarquillé café cardamone sanglante giclée de ses gencives sous les frottements intempestifs d’un dentifrice section anti-gingivite, Ignatus recoiffe, doigt preste, le front de son immenculée conception. Son œil de lynx planté au fer dans son orbite salle de bain, Ignatus se scrute, à l’infini suintant dans son furoncle écrin. 7h00 métro bourlingue passants geignards, jupes cathodiques et cuisses asymétriques, Ignatus fringant grippe à la rame. 8h00 accueil tourniquet passe pointage quarantième étage, Ignatus Bural buralement s’astique, se scoop, se statistique toute la sainte journée du lever de l’oseille jusqu’à tard le soir : en vrai, Ignatus travaille à la Bourse, faute de vraies bourses, mais, singe comm’un malin, Ignatus sous cape se longitudinale en web-magazine, scandale et scande ses sandales de baigneur d’été parmi fourmis tranquilles des web-flop bondissants. Soleil en naufrage sur pavés pavoisant de Paris vertige, quarantième étage : Ignatus se mousse à l’orée de sa bouche. On menace : « Ignatus, travaille ! » Ignatus acquiesce. On indique : « Ignatus tolérance ! » Ignatus bourgeonne d'idiots tollés rances. Trente trois ans âge du Triste, sans bourses à la Bourse, vie rayée à crâne buté, beuglant cécité de sa moëlle, mourant : Ignatus crève doucement.

Ignatus répète répète répète, section dictionnaire catatonique, idiomes nécrosés. Ignatus s’étrangle la sève – Ignatus précise : « au sens bernanosien du terme », Ignatus tient à préciser « sens bernanosien du terme », Ignatus tient à bernanoser, Bernanos tient Ignatus à nous, Ignatus y tient – fécondité sclérosée avant terme. Ignatus petite giclure de sperme éjacule moussaillon, tapisse rouge souillon de ses giclures musquées l’œil rond de son Salon. Ignatus Bêlard gigote son prépuce, éjacule précoce devant l’hallali de ses agneaux. Ignatus marche côte à côte de lui-même, sans cesse s’observant, contemplation émerveillée devant son Imoignamoitus Bêlmoilard, sans cesse se commentant. Ignatus enceint monomaniaque de lui-même, s’auto-dissèque en prompts commentaires à l’idole de ses asyntaxiques vagissements. Ignatus : chef d’état transi d’amour ! Ignatus s’amour, raz de marée et ras la terre, Ignatus vole pas haut, petit rat de l’OPA.

(Note de l’individu 336 :
« On se pencha plus sérieusement sur la question en 04/05. Synthèse :

Point 1. Le sujet Ignatus Bêlard établit systématiquement dans ses posts, liens hypertextes vers lui-même. Chaque post sera truffé, systématiquement de 4 ou 5 liens au sein du texte vers des textes antérieurs qu’il aura écrits. Ignatus : auto-référencement systématique. Le sujet tourne en rond autour de lui-même.

Point 2. Il fut vérifié, ce sur plusieurs sites, que le sujet Ignatus, dès qu’il pondait un nouveau texte, s’empressait de le signaler dans chaque recoin du web avec force liens vers lui-même.
Symptôme : autopromotion doublée du syndrome de l’indispensabilité. Le sujet tourne en rond autour de lui-même.

Point 3. Il fut signalé, ce sur plusieurs sites, que le sujet Ignatus, lorsqu’il découvrait un texte traitant approximativement du même sujet que l’un de ses textes ou offrant opinion similaire, s’empressait d’estampiller l’espace commentaire du texte susnommé de sa giclée de jeune chien : « J’ai écrit un texte du même acabit, je vous enjoins à venir le lire sur mon site. Ci-joint le lien. »
Symptôme : appétit pour la différence carencé, auto-référencement systématique. Tout doit être exclusivement rapporté au sujet. Le sujet tourne en rond autour de lui-même).


Ignatus des mois durant se perfide répandit, giclant sa prose énucléée – absence d’âme, surprolifération du Moi. Ignatus trente trois ans âge du Triste en réalité avait cinq ans. Sa flamme bigote avait le méninge grinçant. Plongé dans microcosme littéreux de sites webeux verbeux, Ignatus Stupide songeait nous en faire partager la curée. Ignatus pauvre point noir gesticulant à la surface de l’univers, si infime et si infirme, étendait son étendard, exposait à la populace les drames altiers qui agitaient le cul terreux de sa lilipute sphère, croyait ébouriffant son monde inutile de coquelets en folie.

Sur son site, Ignatus proposait au chaland ludiques disputes entre opposants de son minuscule monde minuscule si minuscule que l’on observait minuscule au microscope – la guerre des mondes infinitésimaux, la guerre des boutons – puis Ignatus Puéril, grand guerrier autoproclamé de la guerre des moutons, se commentait encore, disant : « voici la lettre que j'ai tout récemment envoyée à Pierre Assouline après avoir lu son pathétique papier (…) Pauvre, pauvre Assouline » – Ignatus exposait ladite missive bavure de roquet, Ignatus Comics Goldorak cinq centimètres d’épaisseur, guerrier de plastique figurine en vitrine attendait que maman l’approuve – puis Ignatus nous indiquait : « voici deux réponses, d'abord celle de Serge Rivron, ensuite la mienne (lien vers Ignatus lui-même), à ce texte extraordinaire de Pierre Cormary, stupéfiant dôme de pollution » – (Ignatus nourrisson braillard cherchait sa mère) – Ignatus poursuivait : « j'ai beaucoup ri en lisant donc la réponse hâtivement postée par le susnommé. Que lui dire ? Rien, je ne change pas une ligne de ma récente charge (lien vers Ignatus lui-même), » opinait Ignatus très fier inspiré. Ignatus pauvre simplet se parlait à lui-même « non que je sois particulièrement fier de cette constance, que je ne puis d'ailleurs séparer, aussi loin que je me souviens de mes premières fascinations (lien vers Ignatus lui-même), de ce que je suis, de ce que j'ai toujours été ».

« Pauvre pauvre » Ignatus excellent sujet Ignatus de Ignatus conversation au sein de sa propre cervelle Ignatus morte, « pauvre pauvre » Ignatus à la stupidité touchante – « voici donc la lettre insultante, pompeuse, creuse et, comme je m'en suis moqué, ridiculement johannique, que je reçus hier de la part de Jacques de Guillebon » – Ignatus exposait missive de Jacques Guillebon. Pourceau de crèche, disputes de langes, hoquets bruyants – à qui aura le hochet ? Ignatus petit bébé joufflu perplexe QUI AURA LE HOCHET ? Ignatus bulle au coin des lèvres vagit, étend ses petits doigts bouffis vers berceau de son compagnon de crèche, Ignatus 15 centimètres du hochet, Ignatus dix centimètres du hochet, plus que cinq, IGNATUS HOCHET ! – « ma réponse donc, expurgée de quelques fautes dues à l'ardeur avec laquelle les flammes commençaient à me lécher les pieds voici donc, pour l'instant, la sentence et la défense. Ai-je besoin d'ajouter que je publierai ici même la réponse éventuelle de Jacques de Guillebon à ma lettre », disait Ignatus à interlocuteur imaginaire – « ajouté à 16h50 : Bien, je viens de recevoir la réponse de Jacques de Guillebon qui, paraît-il, n'a jamais rien lu de moi » – Ignatus se parle tout seul – « Voici donc la deuxième lettre de Jacques de Guillebon, présentée, que cela lui plaise ou pas, selon les normes plus haut précisées. Je n'ai, bien évidemment, apporté aucune correction d'ordre orthographique à ce vélin immaculé » – Ignatus : nécessité cruciale du commentaire minute par minute de sa vie capitale des lumières, pour ne pas entendre sporadique le grand vide – Ignatus : occlusion radicale de la perspicacité, tout entier tourné sur lui-même ne percevait plus le sifflement asthmatique de ses divagations, corbeau si haut perché bec dans son fromage. Ignatus Bêlard fantastique personnage de farce burlesque au top 1 de nos futurs massacres, Ignatus personnage central de sa propre farce, bientôt de la nôtre.

2006. Peu à peu, on fuit ce cervelat indigne suant de son être suant de lui-même, voix de coquelet sur une patte, Ignatus si petit, si petit bébé ahuri dans le vide – fuite confuse et alarmée des littéreux, grimaçant de honte d’être cautionnés par lui, honte d’être cités – Ignatus intelligence section école primaire. Ignatus pfuitt.
1.6.05
Quand le corps est cette mémoire, ce réceptacle du vouloir-dire, mais vouloir-dire mis en cage, donc retenu, donc empêché. Cage carrée. Non-aérée. Je me compactais tant pour tenir dedans. De peur que si un petit bout de main venait à dépasser: schalc ! - il serait arraché.
Je repousse les limites de cette cage. Et le corps dit: je me souviens. Force n'était pas courbe mais rectitude. Ca passe ou ça casse. L'inverse de: le roseau plie mais ne rompt pas. Moi, je ne voulais pas plier, à aucun prix. Et je me suis rompue - ai payé cher mon entêtement. La douleur me donnait la mesure du vivant: je souffre donc j'existe. Parfois, fallait aller loin pour avoir un état d'âme: m'agrafer le doigt, par exemple, ou m'enfoncer une punaise dans le talon. Là, je disais aïe.
J'ai mal. Ca tire. Parce que je suis restée trop longtemps dans cette cage, à croire qu'il suffisait juste de s'imaginer des ailes pour en avoir. Seulement si la nuit je rêvais, le matin c'était ma mâchoire encastrée dans le macadam: bam-bam. Et Dieu pérorant: la gravité est ta condition, souviens-t-en.
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