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Last lights, last words.

30.4.06

– j’ai eu la nausée après le chapitre 7. c’était doucereux. la mécanique des êtres, inertielle, l'insipide de l'époque. j’ai pénétré dans le hall de l’immeuble, dépassé la cage d’escalier, puis poussé la porte du fond. l’arrière-cour, les poubelles. j’ai vomi entre. un peu. »
29.4.06




enter
25.4.06
je t'avais pas dit, l'autre nuit, les crabes aussi étaient là, juste sous la fenêtre. le ciel s'en diluait, depuis la moire de leurs coquilles, marécages. j'écrasai, un, puis tous
d'un commun
arpège,
alors
leurs biles d'entre
les fissures les vantaux viscères vertes
à même la moquette qu'on avait suintée
leurs pinces petits bras roses échafauds

puis
les toits à pluie, gouttières du jaune - et les monstres nocturnes vers,
dérivèrent

je voulais plus savoir,
au réveil
24.4.06



Danger. — J’aimerais revenir sur la question de la prison, soit un beau matin (les premiers matins) je suis sorti dans la cour – un déluge (il faut le savoir) un déluge de cervelles crâmées – à ce stade-là t’appelles ça des animaux (t’avais jamais vu ça). Soit tu t’adaptes à ton bourreau, soit tu te dis : j’y remets jamais les pieds. Fini les emmerdes. Le problème c’est qu’un gros sadique d’1m80 vient de te mettre un coup de boule – parce que tu l’as regardé et bon parce que ça l’amuse – t’es un petit nouveau d’1m70 – t’as le nez en sang il est 7h du matin. Donc tu fais copain-copain avec ton compagnon de chambrée qu’a tué un mec (ce qui les impressionne tous).

Le truc du terrain vague est vrai. Tu sors de là : tu regardes les parcs, le ciel et les terrains vagues. Et pour le coup t’es un vrai générateur de phrases à toi tout seul, tu savoures la simplicité, tu deviens un philosophe le nez en sang. Et tu te dis que même dormir dans un terrain vague est la plus belle des choses. De décider où tu mets les pieds, et où tu chies, et à quelle heure. Cette liberté, ses racines un peu primales qu’on a oubliées. Marcher n’importe où à n’importe quelle heure. C’est un peu ça que j’aimerais dire. Mais après t’oublies vite. L’homme n’a pas franchement cette faculté-là de se souvenir pour toujours des coups durs et du « plus jamais ». Il recommence assez vite finalement.ça se tasse la sensation de pur bonheur (qui ne réside en rien dans l’achat d’un nouveau machin chouette mais dans la liberté des pieds).

Le problème aujourd’hui c’est que tu peux plus trop marcher où tu veux. Tout le monde a super faim. Les prix ont quasiment doublé. Donc y’a plein de mecs qu’on verrait bien en prison qui te rattrapent dans les ruelles.

J’essaye de me saoûler, là, pour dormir un peu.

Je me souviens d’un beau morceau de Coluche au sujet de la prison, une interview dans la revue Deleuze Guattari, je ne sais plus le nom. J’avais imprimé l’article – datant des années 80 un truc comme ça. Guattari notons bien qui avait flashé sur David Wojnarowicz. Décidément je m’étais dit.

23.4.06


/
Critical Malfunction

"i hear everything
those aren't voices in your head
they're just the echoes of your indecision
don't ask me
ask yourself

i know everything
those thoughts going around in your head
trying to figure out what's right and what's wrong
don't ask me
ask yourself

i feel everything
was it me, us, or them?
or was it you?
don't ask me
ask yourself

i am everything
why listen to me
i'm just a voice inside your head
i can't help you
help yourself"


Les choses n'ont jamais été aussi claires.
Le premier orage de l'année éclate au-dessus de mon crâne
Et du tien quelque part pas trés loin.
Un nouveau grain aussi sous mon crâne
Et la sécrétion est à nouveau nécessaire
Ma main remonte ta cuisse, se crispe, se ferme en poing
Et s'envole pour se briser les os contre un mur bien réel.
Confusion dominicale, café, clope. Gnn.
Mais les choses n'ont jamais été aussi claires
Elles m'aveuglent, effleurent la cornée,
Pressent doucement, perçent la sclérotique, déchirent la choroïde,
Perforent l'iris, s'enfoncent jusqu'à la rétine,
écrasent le cristallin, des pointes de compas plongées dans l'iris
Une longue pointe effilée dans le globe oculaire, des aiguilles
à tricoter qui traversent le crâne de part en part,
"On verra comment ça se tricotera" n'est-ce pas, "on verra",
Je ne sais pas dans quel sens ça tricote, si les mailles sont encore
entrain de s'entremêler ou si c'est un lent travail de destructuration
qui est à l'oeuvre, alors aujourd'hui je ne sais que dire "on verra",
"On verra" - je verrai quoi avec mes yeux crevés, à part une moue
boudeuse et l'envie furibarde d'écraser mes lèvres dessus ?
Une humeur sourde, un clébard d'espagne, des caniveaux qui coulent,
La plume qui me manque, et les véhicules qui m'ont trahi.
Un conglomérat de particules, de chair et d'idées sombres
Troué par ma continue dénégation du néant
Troué par mon entêtée dénégation de l'entropie
Je ne serai pas rationnel, ni ne résorberai le manque.
Il n'a manqué presque rien, et tellement maintenant.
Il ne manque peut-être presque rien, en fait, encore maintenant.
Il ne manque presque rien, et ce presque couvre encore
un infini, pile la distance qui nous sépare, à bien y regarder.
S'il ne manque presque rien,
Donne-le moi, je te le rendrai au centuple
Et nous ne saurons plus de quoi nous avons souffert,
Ou on s'en foutra complètement, et les aiguilles à tricoter
Synthétiseront une cote de maille siamoise, une armature
Jumelle, deux réalités compossibles, moi dans toi et toi en moi
Et je me répands en flaques navrantes et empotées,
Et rond et rond petit patapon, suis-je si con de ne rien éponger ?


22.4.06
Sa manière répétée. Hystérique je veux dire. Sa manière répétée, pas comme la mienne, c’est trop facile, mon hystérie à moi, elle est différente. Elle, elle va raccrocher comme on crache, comme on gerbe. Dix fois, quinze fois, toi tu décroches, tu dis elle pleure. Tu justifies. Tu lui donnes des raisons, des raisons de s’asseoir sur son orgueil, tellement gros que ça vient me bouffer jusqu’au pouce. Je suis sur une terrasse, le soleil est blond et je me sens si triste à l’encolure de ses appels. Tu dis, elle pleure. Alors je me tais, je regarde ton bras, je joue dans les caniveaux, j’attends seule devant des émissions de merde à manger mes doigts, je compte les crabes qui me bouffent l’œsophage, j’attends qu’elle finisse de pleurer, et puis doucement je sens que ça chiale aussi chez moi. Mais, je reste atroce, fière, avec mes clopes et je parle doucement, je ne crie pas, je chiale mais pas dans ton oreille, d’ailleurs, je ne chiale même pas pour toi. Et je me sens si triste à l’encolure de ses appels.

C'est bon, pas la peine de m'éponger la cuisse.
21.4.06
Week of violence - 2 (dès la première seconde tu te lasses) (lasse-toi).



Désoeuvré t’as vraiment forniqué avec tout ce qui passait c’est fou ce que tu mâchais comme nuques à te croire dans les prés avec des trèfles dans la cervelle.

Nom d’un chien et c’était à voix haute que je lisais. Ma foi la voix plutôt timide et très aiguë. Devant une assemblée un parterre de mecs sordides.

T’avais la molécule qui pendait en boutons, tes synapses dansaient la trique.

Je me touchais pendant que je parlais et ça se voyait pas. Derrière le bureau.

L’investigation de ton nœud-mouche sur ton costard Tritton le sale mec que t’étais pas tu pendais partout c’est simple, tu pendais, tes yeux sifflaient, ton menton dégobillait, l’avarice t’arrêtait pas, ta tolérance zéro une flaque dans la bouillie épaisse de tes joues, ton visage une immense déflagration que tu promenais dans leurs cous seigneur que t’étais lourd.

Imaginant qu’un type pervers se planquait là sous le bureau près de mes cuisses ouvertes en m’insultant de tous les noms. À toucher ça limite de manière sadique du bout des doigts – « salope ! »

La rosée du matin tu connaissais pas je pensais t’amener en orange mais tu préférais le vert et tes sillons désastreux dans les chiottes, j’aimais pas ce que tu prenais pour des peintures je préférais à la limite les pubs qui passaient dans nos yeux.

Un soir je me suis cassée dans l’arrière-boutique on me congratula, tous les types sordides sortaient par marées à se coller à moi comme des huîtres, et putain je les regardais à me dire y’en a pas un qui. Je scrutais les vers de terre, luisants : des mecs misérables, que je sentais sans tripes et surtout plein de vergétures.



J’aimais pas ton blizzard Sephora qui puait à trois kilomètres je m’attardais sur les cloques rances du clochard qui ruminait tout bas à ma gauche j’aimais rien en fait tu sais.

Un soir j’ai eu le cafard je me suis barrée dans un bar de quartier, à Concorde, près de la Muette, pas loin du 18e. Plus trop où, et n’importe où. J’ai pris le métro dans tous les sens, à me perdre avec ma jupe sans arrière pensée et le type lubrique qui me gênait contre la vitre à ramasser son genou contre moi.

Mais t’avais pas l’air de savoir toute ta vie t’avais fait en sorte d’oublier ce genre de désagréments et de te croire toi surtout, de dire je sais quand tu savais pas, de dire elle m’aime quand elle t’aimait pas, t’avais été à l’école de commerce de la vie chez Louis Tritton et Sephora tout ce que tu savais dire c’était merci comme un con.

Un bar à Bastille où je suis tombée sur deux hommes. Et l’un qui m’a dit comme ça, le plus manisfestement intéressé par une conversation : un qui m’a parlé – tout plein de sortes d’abréviations vers mes cuisses, à glisser sa main tout en se présentant mais ça se sentait pas du premier coup, sa main. À se glisser en moi toutes les cinq minutes pendant qu’il me parlait. Je sentais rien. C’est pas grave, je me disais.

Ta soif d’exception je l’ai balancée dans la rame t’as explosé en sandwich devant une quatre par trois BHV. J’ai bien aimé contempler ton cadavre.

Dentifrice-Bubblegum en avait super marre il sentait qu’un truc couinait sous son plancher en merisier quatre mille balles – il se servit –

Bordel il se servit comme dans ses romans –

Bordel ça y est – il retomba dans cette identification sordide avec son héros –

Bordel d’ailleurs son héros n’avait toujours été que lui –

Putain ce qu’il baisait bien dans ses romans c’était fou parce qu’on pouvait rallonger les minutes et les jambes de la fille qui était toujours uniformément blonde mammouth de poitrine la lèvre en jactance comme une bulle de chewing-gum.

Brosse-À-Dent-Dentifrice-Immaculé pensait à la lèvre bulle de chewing-gum le duvet entre ses mains rugueuses. Pensant à l’horizon du siècle mourir en Porsche à un coin de néant posté dans une rue qu’il ne connaissait même pas avec une pute toute lisse gargouillant dans ses lèvres.

Brosse-à-dent-dentifrice-immaculé avait super les boules.

Il se posa le duvet entre ses mains rugueuses. Là, à réfléchir rudement.

À l’horizon du siècle.



20.4.06

Attention: ceci est un générateur d'orgasmes...
Temps (Merci de bien vouloir y mettre une majuscule)
Siècle
fuite
Nuit (Merci de bien vouloir y accoler systématiquement l’adjectif « noire »)
Mort (la) (Merci de bien vouloir y mettre une majuscule)
Tombe(s)/tombeau(x)
heure(s)
vent
Passé/ Présent (Merci de bien vouloir y mettre des majuscules)
Autrefois/Demain (Merci de bien vouloir y mettre des majuscules)
amour
bouche/sang/veines/coeur/corps/chair/oeil/main
solitude (vous êtes seul contre tous) (tous est indéterminé, sans importance)
révolte
monde
Vide (le) (Merci de bien vouloir y mettre une majuscule)
Écrire/Écriture (l’) (Merci de bien vouloir y mettre des majuscules)
Langue/Verbe (Merci de bien vouloir y mettre des majuscules)
entendement/conscience/raison/imagination (en saupoudrer le tout aléatoirement)
Homme (Merci de bien vouloir y mettre une majuscule)
absence
Mot (Merci de bien vouloir y mettre une majuscule)
mémoire
mère(s)/père(s)/enfant(s)
horizon/Espace/Terre
pluie/eau/mer/océan/vagues
ciel/nuages/arbre(s)
route(s)/rue(s)/ville
mur(s)
horizontalité/verticalité (termes mélodieux et pratiques car pouvant auréoler le tout d’une vague substance intellectuelle)
silence
voix
CRI (N’oubliez surtout pas cet élément capital ! que vous utiliserez de préférence systématiquement accouplé au mot « Silence » ou « muet ») (vous pouvez même parler de « Silence muet ») (« Mon cri dans ce silence muet »)
Pierre(s)
« Mon Travail » (expression capitale) (« Mon Travail s’oriente essentiellement vers »).
GUERRE (essentiel)
DIEU(X) (essentiel)
Absolu
lumière/ombre ; vérité/mensonge ; passion/haine/amour/désir ; lenteur/vitesse, etc.

Nous rappelons qu’il est nécessaire, afin de procurer l’illusion de la diversité dans
votre langage – procuré par votre tout nouveau générateur de phrases – d’y insérer quelques mots savants et compliqués glanés au hasard de vos lectures dont vous aurez préalablement vérifié le sens dans le dictionnaire.

Conseils : Il est conseillé de jouer avec les antonymes, comme ci-après :

« Autrefois sera demain et demain ne sera jamais le présent d’autrefois qui ne sera plus passé ». (Ceci n’est formulé qu’à titre d’exemple).

« La lumière de ton ombre sera plus que jamais demain l’autrefois de mon présent. »
(Ceci n’est formulé qu’à titre d’exemple).

« La verticalité d’une heure sans temps ». (Ceci n’est formulé qu’à titre d’exemple).

Exercice pratique : composez trois textes courts en prose s’articulant autour des mots : vide, horizon, guerre, océan, monde, absence, nuit, pierre.

Réponses :
1. Dans le vide de l’horizon roucoule un monde en guerre où la pierre ne connaît plus la nuit seulement des océans d’absence.
2. Ô Horizon_je n’ai plus d’océan_que ton absence, à scruter la nuit dans les_pierres de la ville, je ne cesse de faire la guerre à ce monde qui est si vide sans moi. Toi. Hum. Ô toi.
3. L’océan de ma vie ne reflète qu’une guerre des mondes toujours plus coupante, comme les pierres, en ton absence qui me claque de nuits. L’horizon et le vide sont remplis de contractions.

Exercice panique : composez un texte final avec les 73 mots de votre nouveau générateur de phrases.

Réponse :

Dans ma bouche_le Temps s’accomplit
Et les rictus_des saisons vengent le Siècle_
La nuit noire peuple d’enfants ton Absence_
Le tombeau des heures pendule mes veines_
Le monde_sourde révolte_ somnole en apnée
Dans l’océan du Verbe, la mémoire de nos pères_
Fléchit l’horizon érosion de nos consciences
_L’homme somni-fer_consécration d’un passé sans visage_
L’oeil en carton posé sur les mains_
Comme des neiges_dans les arbres de nos solitudes_
L’amour sec comme une plateforme de désillusions_
L’estomac pendaison_des dieux informes_
L’horizontalité de nos veines_perforant le chemin_
Et la pluie dans tes mains_comme le mensonge du ciel_
Le corps fait de pain de didacticiels illogismes_
L’Écriture me pulse_je ne dors plus_je suis le torrent du Verbe_
Et la passion des nuages_sous ta peau_
Une vague profonde de maux sans mots_et d’écrits vains sans vin_
La verticalité des murs se dressent_dans le vide_
Je me battrai d’écume_les abattrai d’amertume_
L’espace autour_déclivé_l’apesanteur sonnée_
De nos âmes_dans les trous de la ville_
comme des cris_dans le silence des ciments_
Autrefois ne sera jamais qu’un demain sans présent_
Nos chairs battront de l’oeil_en guerre contre l’ombre_
Lumières jusqu’à l’infini_passions jusqu’à se rompre_
De nos_langues_sans raison.

_

_
_
_ _ _ (Le générateur de phrases vous prie de cesser immédiatement vos underscore. L’exercice est fini).

_
_
_ (Le générateur de phrases vous prie de cesser immédiatement).
__



Nous vous annonçons que vous avez réussi brillamment l’exercice, ayant même pris la liberté de nous bâtir une superbe allitération « horizon érosion » ainsi qu’un brillant jeu de mots vide « somni-fer ». Ça y est. Vous y êtes.

Nous allons passer maintenant à l’étape suivante. Votre carte de visite.

Vous devrez choisir entre trois dénominations, au choix : « écrivain », « poète » ou « auteur ».

Pressez sur la touche étoile si vous souhaitez être « poète ».
Pressez sur la touche dièse, si vous souhaitez être « écrivain ».
Pressez sur la touche 1, si vous souhaitez être « auteur ».

Maintenant, souriez à la caméra. D’un air profondément absorbé par l’horizon du ciel. Vous n’êtes pas là. Répétez après moi : vous n’êtes pas là. Vous avez renoncé à vous-même. Souriez. Ayez l’air inquiet/crispé/le front soucieux.

Maintenant pressez sur la touche 2. Est-ce que vous baisez. Je répète, est-ce que vous baisez ? Flattez-moi. Est-ce que vous baisez ? Flattez-moi. Est-ce que vous baisez. Je répète, est-ce que vous baisez ?

Pressez sur la touche 3. Votre vanité sortira bientôt automatiquement de votre bouche à chaque fois que vous l’ouvrirez.
19.4.06
Sinon. revenons à nos moutons.

Une vague de folie l’avait submergée. Il y avait eu tout d’abord le petit Francis, son collègue de travail, directeur littéraire prometteur qui - pas de scènes de cul, pas de livre. Marie était chargée de lui faire la lecture. Va va va directement aux vènes de cul Marie, ve m’en fous du reste, v’est pas ça qui paye, bavouillait-il de son index agacé sale. Et dans la pénombre de leurs lectures s’était développée une envie moite, persistante, visqueuse qui venait chatouiller Marie entre ses cuisses. Un jour il tenta la chose et pendant qu’elle lisait, il fourra très profond sa main dans sa culotte, s’apercevant avec stupeur que celle-ci dégoulinait. Un raz de marée. Il la regarda un peu inquiet, celle-ci continuait sa lecture sérieusement, sans sourciller. Quelle petite salope tu fais murmura-t-il courtoisement avant de lui saisir violemment la tête et de la foutre sur ses couilles. Lèche mes couilles Marie. Voilà c’est ça. Maintenant lèche mon gland, à petits coups, voilà c’est ça, quelle petite salope. Je veux que tu le fasses briller mon gland. Elle est grosse hein ma queue, tu vas voir je vais te la mettre dans le cul ma grosse queue. Et Marie gémissait un gargouillis sur son gros membre rose, avant de pousser un cri lorsqu’il la pénétrait jusqu’au fond de la gorge. Marie faillit vomir.

Il y eut donc tout d’abord le petit Francis.
"Dans mes poumooooons, et le saaaaang, et le viiiiide et l'atmosphèèèère et la veine sacrééééée de nos espéraaaaances le tumuuuuulte de nos additioooons en saaaaang et le soleeeeil et les poumooooons et la viiie et la moooort et le VVVVVVVeeeerbeeeee, le VVV... le VVVV.... le Verb... le... le VERBEEEEE... l'additiooon sacrééée de mes poumooons et du VERBEEEE et le viiiiiide que nous combattooooons nos veines en feuuuu cordons qui relient dieeeeu à nos espéraaaaances mon chemiiiiin mon taleeeent je suis un Ppp... Po... un poè... co-scénaris... lu et approuv... Poè..."

TUF TUF.

Ceci est un message du générateur de phrases.
"Et elleeee, non pas toi je parle de ma voûte plantaire, si ténue dans le droit chemin de l'ivoire sous le soleiiil et la moooooort dans les cieux du viiiiiide et la moooooort et le viiiiiide et ma voûte plantaiiiiiire, cordon qui relie l'univers à moi-mêêêmeeee..."

Ceci est toujours un message du générateur de phrases.
"On les avait observés longtemps, assez vigoureux, plutôt canins. Ils sortaient de là fort lubriques c’était décourageant. Moi j’avais plus d’substances. J’écoutais Janis Joplin. Et là comme ça, il a dit : on remet ça. Dix huit fois qu’ils l’ont fait. Sous notre nez. Ils faisaient des tas de petits bonds entre le lavabo la baignoire et ce qu’on supposait le lit derrière la porte qui faisait des tas de couinements. Dix huit fois. Elle a dit à un bref moment où on l’a chopée derrière une porte, que ça lui avait jamais fait ça. Que d’habitude c’était plutôt des machines à abdominaux qui répétaient le même effort de guerre sans rien inventer, tu vois, avec des tas d’UV sur la gueule et des lunettes même quand il fait nuit. Bon, et là tu vois, elle était toute décolorée, elle buvait des litres d’eau. Nous on était un peu gênés, on n’avait rien à faire dans leurs secousses et puis y’avait plus de Von. Et puis là vlan : elle nous redit : faut que j’y aille. On l’entrevoyait dans l’entrebaillement de la porte, son petit nez tout froncé à guetter l’appât. Elle remua ses cuisses et paf paf elle libertina vers le lit. On était super gênés. Nous tu vois on n'avait rien trop à faire là. Paf bam bam y’a eu des secousses et des cris. Après elle nous a confié qu’on pouvait pas comprendre. Mais si on peut comprendre. Y’a beaucoup de machines répétitives sur terre. Donc bon des vrais hommes tu vois qui créent avec leurs mains, c’est rare. Donc bon c’est ce qu’on suppose qui est arrivé."
les 28,47.
mets mon pull noir sur tes seins - les cendres de nos sueurs - pendant que ma queue sèche.
18.4.06
Jamais. Ta salive. Sur mes tongs.

Ma chère évide.
Évide, c'était la viande morte sur le muscle. L'espèce, l'humain la voix rauque et la papille avortée.
De mon sang.

L'ancre, oui, je te sombre, si tu savais, comme la noyade te sied au teint, amour, vibrant, ce qui t'échappe demain, et toi tu attends... ça te va si bien l'attente, comme un viol constant, comme un goût tenu par le venin de ton existence bancale, bannie, déchue, et elles, pas toi non je parle des vagues, des mimes, des secousses verbales et secrètes, puantes, lubriques et méfiantes.

Je.
Contrôle_ les mouettes_._ Le génie parle_
Jeu.
Répare.

le.
générateur d'eux phrases.

là. ton camp. lacan.

je meuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuurssss. (les mouettes et leurs moeurs massacre hantent...........)

tuf tuf j'étouffe.

(crouiiiiiiiiiiiiic).

Fin.

(Ceci était un message du générateur de phrases).
J'aimerais bien t'enculer, te bouffer la chatte et te tirer les entrailles par le nez. Sinon je pourrais peut-être écorcher tes doigts cependant que tu songes au divin parfum du toucher de ta faim.
Je plane et c’est bon de t’oublier pendant que tu es là.


no more blogging please.


17.4.06
les périphériques de ta tornade, les heures centrifuges dans l'assèchement progressif des synapses. tes yeux dans mon cadavre, la petite douleur, même. matin midi (rien à foutre), je ravale mon apnée, bois la tasse, les tympans plein les poumons, rather ripped. la timidité des nuages, sous : les mots sous les ongles comme terre qu'on gratte, pathétique ponte plus loin, les mains dans la fosse à orgueils, glorioles, pets d'egos. là aussi, le jaune diurne blafarde malaise les mêmes façades, les grise, dans l'attente tangente : des réverbères, l'éclat orange ou l'ardeur livide des cristaux - la moitié de ton visage en miroir. l'autre moitié dans la pénombre du désir.
16.4.06
Ce dont se souvient Maria K. de Taormine, c’est le sang algérien qui battait la cadence dans les veines de son amour, dans la géographie des artères de Solvania, son amour algérien qui lui plantait les crocs dans un soleil craquant d’Italie. Ce dont se souvient Maria K., lorsqu’elle apprend la mise en bière de son père, sous ce même ciel clinquant et obscène de Taormine, ce ne sont pas ses larmes qui lui battent le flanc mais Solvania qui lui giflait les reins, les secousses de ses mains qui chevauchaient son cou, la transpiration aiguë de leurs voix usées, nouées sur les fers des nuits d’hôtels, la terrasse blonde du matin qui enveloppait les seins bruns de Solvania, les alvéoles piquées et cuites, Solvania en maillot de bain, voilà dont se souvient Maria K. De son père, comme un rocher auquel on aurait enlevé le crâne, après l’accident, de la phalange mauve qui lui bouffait jusqu’à la chair, elle n’en crevait pas, de sa mort, il avait toujours fait partie des meubles et même aux meubles, elle leur avait plus parlé, Maria K., même aux meubles, elle en aurait plus chialé, de cette mort elle n’en souffrait pas, on ne pleure pas les faibles, on ne pleure pas ça. À la morgue de Taormine, elle avait regardé les draps cousus de blanc, elle avait imaginé la falaise et puis monte – Solvania – en creux de son dos – que savez-vous ? de son dos, il y avait l’Algérie, en corde en os en surplomb, le cœur carbonisé par le sang brûlant, la dent fauve et le tabac roulé, et son fuseau horaire qui ne rappelait rien, le cadavre
Traits tirés, alourdis, blanc, laiteuse sur le ventre, vergeture en alpinisme, moignon, tronc, Maria K. ne baisait plus les hommes, elle ne connaissait plus la tête dans le gland froid, blanc, laiteux, moignon, comment voulez-vous ? Comment voulez-vous alors que Maria K. pleure son père, alourdi
Taormine, le souvenir de Solvania, la crête jaune, les huit soleils roux qui plombent l’air, dix heures, le café contre ta dent, ta dent sur Solvania, les épices qui rouspètent sous la langue, Taormine sanglante et puis déchaînée, la mer en carapace, l’horizon la peau cuite dans les bouillons des trattorias sales sur des murs à la chaux, la cigarette en partition qui emmêle Maria K sur les doigts de Solvania qui roule sur la langue des vagues, l’encastrement, dix fois par jour, salive sableuse, l’encastrement des corps, Taormine, Maria K. qui glisse ses doigts dans Solvania dans les marchés criards, l’encastrement dix fois par jour,
Morgue facile, son père en moignon dans la table de découpage, viande dure, immangeable, Maria K. digère mal, ce père mort dont elle ne se souvient pas, les yeux rivés sur les pieds qui puent déjà, l’œsophage de travers, en oblique, ça lui gerbe jusque dans la bouche, c’est dégueulasse, les doigts dans son amour Solvania, voilà à quoi pense Maria K.
Huilé, le cimetière blanc. Chaleur écrasante sur les hauteurs de Taormine. Derrière la mer frissonne, trois ruines. Maria K. porte du bleu, elle porte du bleu dans des fragments de noir, Maria K. regarde le soleil lui tabasser la gueule lorsqu’elle lève la tête un peu trop haute, le corbillard est sale, il poussière, il rauque et parfois il pète, ses roues qui crèvent avec douceur, Maria K. salive, on dirait un animal, c’est la canicule qui l’empêche. De son père, je crois qu’elle s’en fout. On en ferait bien du civier, elle en mangerait les restes, elle ne dirait pas non, Maria K, son père foutu dans une tombale bouillie, du civier de lapin, de chien, un pedigree dans la bouche, un pedigree à sortir.
Non. Maria K. est en colère mais chaque jour elle avale un monstre et elle le mange pour qu’il ne sorte pas, chaque jour elle ravale son père, chaque jour, elle mange du civier, elle mange les meubles, et la colère finit avec le monstre, elle finit dans des selles, les selles c’est de la merde, et parfois on oublie son père, un père qui ne dit rien ou qui rigolait comme un crétin, un père sans couilles c’est comme un monstre, c’est moins bon que Solvania quand elle dit non en patois en boudant les lèvres, alors on finit par cracher et ça expulse. Les selles c’est de la merde et avec le civier de papa, ça sent mauvais, c’est trop fort, trop vilain pour une ville comme Taormine.
La terre dans la bouche et le père dans la pierre, on ne crache pas sur les vivants, Maria K. a bien le droit de ne pas jeter une prière, curé engourdi, emmanché, Maria K. ne regarde pas les vieux, les vieux ça pue, au-delà de vingt piges c’est foutue pour Maria K. N’essayez pas, c’est perdu. Maria K. pense seulement à Solvania, sa dentition mal calée, un trou dans la gencive mais la beauté de son rire, à Taormine lorsqu’elles jetaient des galets blancs sur les routes désertes, partout, elles avaient baisé, les bancs, les petites motos à louer, les criques vertes, les vitrines quincailleries, les cappuccinos à pression, le vin blanc en fond de cour, partout, partout, elles avaient léchés, mangés, avec possession, avec rage, partout, langue, salive, pied, ventre, nuque et la petite douceur-là sous le dessous des mèches folles- partout, elles avaient baisé, bateau et moquettes rouges, roches, pont à l’avancée et flottement du vent qui cinglent les échines, partout, pendant quinze jours à Taormine.

Ils mangent des poissons vivants pour faire digérer le père. L’emmerdement.

Maria K. se force, mais les seules larmes qui lui coulent ce n’est pas pour son meuble, son père, elle s’en fout, on ne va pas vous le répéter, on ne va pas vous l’expliquer, c’est trop douloureux, c’est impudique, pourquoi elle s’en fout de son père Maria K, ça ne vous regarde pas, ce petit monstre qu’elle avale, tous les jours Maria K., c’est impudique, douloureux, son père, douloureux lorsqu’elle se souvient après Maria K, douloureux la gare routière à Toulouse, lorsque Solvania la quitte. Vous ne pouvez pas comprendre, personne ne vous a jamais quitté à la gare routière de Toulouse, c’est une gare moche, c’est une gare routière, c’est une gare à Toulouse, c’est Solvania qui est tellement laide qu’elle en devient cruelle, magnifique, édentée dans le petit rouge de la nuit qui tombe, vous ne pouvez pas comprendre. Solvania qui quitte Maria K. sur un coin de gare. Qu’est ce qu’il reste ? Qu’est ce qu’il reste ? De la morve, de la morve de Maria K, vous ne pouvez pas comprendre, vous ne connaissez pas, vous ne savez pas, la gare routière elle est terrible, Solvania quand elle vous quitte, c’est l’Algérie qui s’en va, c’est le henné de ses joues, le fard noir qui transpire jusqu’à l’orteil, ce sont les effluves, l’ourlet marin qui se mélange avec Taormine, ville atroce et distraite, quand Solvania quitte Maria K. C’est.
C’est la complainte ibérique qui perd l’Algérie, ce sont les poils brûlants, très fermes, très beaux du sexe de Solvania qui prend la tangente, c’est l’abdication de son dos en creux, en reins qui battait la mesure, qui pleurait sur Maria K, qui pleurait l’amour, par toutes les pores, grotesque, ivre, magnifique au dessus de l’Italie, au dessus des encastrements siciliens, des petites motos à clefs, des pizzas dans la bouche ça se mêle, c’est la pâte sous ta langue, ça s’appelle de l’amour je vous signale, vous ne comprenez rien, vous ne pouvez pas, vous ne connaissez pas le bruit de Solvania quand elle disait non, vous ne connaissez pas la gare routière de Toulouse. Elle est terrible.

Température maximale au-dessus de Taormine, il y a des avions qui gerbent dans le ciel, un civier qui périme, Maria K. mange son pedigree, sa marque, son père, dix mille pourrissements des cellules, et ce n’est pas lui qu’elle pleure, et sans honte aucune, il y a comme des fleurs blanches qui fanent, dans un cimetière à la chaux, les bras en croix, il y a une fille qui pleure Solvania, les gares routières et une géographie des artères.
Hum.
Entité sioniste en Cisjordanie le soleil se soulève les abords de Seine Paris crache : entité sioniste en Cisjordanie il entame des négociations accélérées pour la formation d’un gouvernement de coalition au bout de sa rue, la rue du Temple. Il négocie une jupe et un croissant. Il longe l’hôpital Hassadah dans les yeux de la fille – parfaitement accessible, déjà ouverte. Il suffit de parler, et c’est un réflexe de survie qu’on cultive – ils sont niais et innocents. Les dons d'organe ne sont qu'un exemple d'une collaboration médicale croissante qui colore un peu d'espoir cette région explosive qu’est Danger. « MINISRAEL : Tout Israël en miniature ! » Israël en carton miniature dans sa tête qui vient colorer la fille de sa vie caramel à passer ses yeux dans les beef-steaks décolorés au sol, giclés des bus. La fille est parisienne et très sensible, elle s’écarte. Elle est le paysage d’Israël revenu d’ailleurs. La terre d’asile d’Israël. Ça va chier maintenant, ce qu’il s’était dit en arrivant ici à dix-huit ans.

Je t’aime, est-ce que tu comprends comme je t’aime et comme je te connais depuis toujours. N’écoute pas mes mots, est-ce que tu comprends comme je t’aime, ne m’écoute surtout pas, garde juste ma silhouette et comment je t’ai regardé ; je t’aime déjà. Est-ce que tu le comprends. Est-ce que tu te demandes comme moi ce que ça veut dire, et comment par périodes le chemin finit par se raccourcir, comme on est des erreurs étranglées. Je t’aime, à quoi tu penses. Est-ce que tu penses à moi. Est-ce que tu y penses comme j’y pense, abîmée à l’extérieur, le corps ouvert au vent, engouffré de la ville. Je t’aime est-ce que tu m’as redessinée ou est-ce que tu penses à moi sans avoir mis de mots là-dessus sans m’avoir redessinée, je t’aime, je t’aime déjà est-ce que tu penses à moi et comment tu y penses, est-ce que tu penses que les corps s’interchangent, est-ce que tu penses que nous valons une somme d’argent, de dons et de talents, d’argent, ou est-ce que tu penses qu’il n’y a que des âmes je t’aime est-ce que tu comprends, est-ce que tu penses à moi, comment tu y penses, où es-tu maintenant, est-ce que tu penses à moi, est-ce que tu gardes comme moi le souvenir d’une rupture avant même qu’on se soit connus, est-ce que tu m’a redessinée est-ce que tu as fait cette erreur alors que moi je t’ai toujours pensé avec humilité sans rien garder d’autre que tes paroles ce que tu montrais c'est-à-dire pas grand-chose. Est-ce que tu as eu cette humilité de garder pas grand-chose de moi, comme moi je n’ai rien pris de toi, sans me redessiner, est-ce que tu n’as jamais vu rien d’autre en moi que les bribes que j’ai données et mes yeux c'est-à-dire pas grand-chose, ou est-ce que tu as eu besoin de me réinventer pour mieux masquer ta solitude est-ce que tu m’aimes je t’aime déjà est-ce que tu penses à moi et comment tu y penses et qui tu es parce qu’on ne se connaît pas. Est-ce que tu te satisfais de ça ou est-ce que tous les soirs tu penses à ce truc qu’on a laissé et ta stupidité, ton âme étiolée qui joue, qui est suspecte et qui a peur, est-ce que tu comprends que tu as peur et moi aussi, est-ce que tu comprends que je me suis vue dans tes yeux, est-ce que tu comprends qu’on est pareil, tu le sais n’est-ce-pas, bien sûr que tu le sens. Est-ce que tu y penses, ou est-ce que tu penses juste à mon cul et tes statistiques dans les chemins de ta banque. Est-ce que tu es stupide, est-ce que tu es comme tous les autres, est-ce que tu es surfait, est-ce que tu penses qu’est-ce que tu penses est-ce que tu sais que je brûle, que je brûle. Est-ce que tu sais que je te laisserai jamais venir en moi. Parce que je brûle et que toi t’as même pas la conviction de brûler devant moi. Est-ce que tu penses que je vois pas tout. Est-ce que tu penses que je te juge ? Tu sais c’était rien, je juge personne, sûrement moins que d’autres, alors m’écoute pas, bien sûr que je te juge pas, tu connais le all for one de James Brown, c’est extraordinaire, c’est un patchwork, le James nous refourgue des passages connus, mais il y a des instants à hauts degrés tu sais je t’aime ; mine de rien et t’es qu’un minable tu sais moi qui je suis pour dire ça ? rien tu sais, on s’est vus tellement minables dans nos yeux, tu sais le champagne, tu sais comme je savais rien dire, tu sais comme on se connaît pas est-ce que tu penses à moi tu sais pas, tu sais rien du tout je t’aime. Tu penses qu’on peut se reposer la terre entière les genoux abîmés dans l’inconnu ? T’es prêt à faire ce sacrifice toi ? Ou est-ce que tu penses qu’on est juste bons à baiser toi et moi, à être des misérables caricatures d’êtres humains et d’amour, à se colporter se radiographer dans des lits blancs, est-ce que tu penses qu’on est des photocopies ? tu sais je t’aime point et tu sais je sais rien, je sais juste que j’ai battu et que t’es bon à abattre parce que ça me fait plaisir parce que ça m’évite de penser à toi et à moi-même. Est-ce que t’as battu toi-aussi, est-ce que tu penses à moi, et comment, est-ce que tu me redessines, ou est-ce que tu as su, et qui tu es, et comment tu vis, est-ce que tu pleures des fois. Je t’aime. Tu sais c’est fou comme on s’abîme et qu’on cherche des choses qui nous ressemblent et qui nous rassemblent, tu sais c’est fou comme les gens ont peur ils ont de la bave blanche à la place du cœur ils aiment épileptiquement tu sais c’est fou comme chacun vibre sans le dire à l’autre et ce qu’on se rate, et comme on se dit et qui tu es toi. Je t’aime. Tu sais, je vais penser toute la nuit comme ça, tu sais, est-ce que tu penses à moi et comment. Et comment tu y penses, c’est surtout ça l’important, comment. Tu sais je suis une malade j’ai des yeux fiévreux tu vivrais pas bien avec moi, tu sais que j’ai les yeux bioniques ? Que je te vois comme tu t’es jamais vu ? que je suis tellement sensible que je vois les gens comme jamais ils se sont vus ? Tu sais que ça fait mal ? Que je peux te faire du mal ? Je te pardonnerai pas, c’est pour ça que je suis partie, t’as dû te retrouver comme un con, je suis désolée c’était pas le but. Je t’ai envoyé bouler au troisième quart d’heure parce que les façades m’insupportent, tu sais j’aime pas le faux et je sais que t’es pas faux, m’écoute pas je voulais te faire peur, je voulais que tu t’en ailles le plus loin possible, très loin, tu sais je t’aime pas, va pas croire, je t’aime pas du tout, non, vraiment pas. T’as tellement peur tu sais, tu vis tellement pas tu sais, tu connais James Brown ? All for one ? Tu penses que des gens peuvent se rassembler et se foutre leurs dix mains sur les poignets en beuglant all for one ? Genre ils s’aiment ? Tu penses ou pas. T’es qui toi d’abord, je me souviens pas de ton nom. Si je sais comment tu t’appelles, je retiens tout, je suis une malade, tu peux pas savoir comme ma vie est une enquête et comme chaque personne ne s’oublie jamais je vis avec des fantômes, tu sais ça toi ? Oui tu sais, t’as vécu en Israël avec des cadavres de bus, t’étais un malade, t’avais ta jeunesse, là ; à baiser partout comme un porc des fois que la vie se finisse trop vite. T’es un chien, tu sais ça ? Tu me regardes comme un chien. Tu me regardes trop, là, tout de suite, tu transpires. Je t’aime, mais faut voir comme je pourrais te détraquer, tu sais j’ai pas l’oxygène facile, tu dois savoir ça toi : on m’a foutu des bombes à chaque clavier, dans les poubelles, et dans mes bus, tu sais. Tu penses à moi ou bien ? T’es qui ? T’es qui derrière tes sourires ? Est-ce que tu penses, est-ce que tu pleures, de quoi, est-ce que les êtres te font mal, est-ce que tu vis encore ou est-ce que t’es une statue, est-ce que tu as roulé comme une pierre ou est-ce que tu es si meurtri que tu pourrais offrir ta vision aux aveugles, qui tu es, est-ce que tu partages, est-ce que tu vis, est-ce que t’es frappadingue ou simplement réfrigéré dans un parking, le parking de ta vie sans rien avoir vécu, est-ce que tu te gares ou est-ce que tu vis à 180, qu’est-ce que tu vis je voudrais savoir, je voudrais tellement savoir tout de toi, je voudrais tellement être là pour toi, te recueillir là et que tu te reposes enfin, j’aimerais tellement que tu t’oublies et que tu oublies mon image et ce qui a pu te paraître de moi, tu sais on s’aime déjà et les humains c’est de la connerie, tu le sais bien toi sous les bombes, tu le sais bien avec tes bus. Tu sais bien tout ça. On sait bien ce qui nous arrive. Tu connais Janis Joplin ? Tu connais quoi ? Tu connais rien. T’es là. Interrogatif. À guetter le meilleur chez les autres. Et c’est pour ça que je suis partie. Tu guettais le meilleur chez moi. Mais c’est tellement facile d’être extraordinaire. Moi je cherche une personne qui renifle mes ordures. Je sais pas si tu peux comprendre.
14.4.06
Monsieur Pirliput tape un texte. Il tape des textes toutes les joues, pour l’instant, puis pour lui. Monsieur Pirliput n’a pas d’espérance. Il est content. Dans sa cuisine à carreaux défaillants il n’écrit même pas pour son chat, l’odeur de la cafetière l’étripe. Monsieur Pirliput ne pense pas. De temps en temps il fébrile Eddie Bo.

Soudain un jour on écrit à monsieur Pirliput :

« Cher monsieur Pirliput, j’ai lu quelques-uns de vos derniers textes – il me semble que c’est de la prose poétique d’après ce que j’ai pu en juger mais arrêtez-moi que je me rompe, je ne demande qu’à en avoir de plus amples explications – j’ai donc retenu particulièrement l’un d’eux qui me semble pouvoir me faire vous dire que je vous encourage personnellement à continuer.

Bien à vous,

Sic. »

Monsieur Pirliput la jeta, pensant que c’était une lettre de la langue, il eut juste le temps d’entrevoir l’italique plaqué sur le personnellement.

Monsieur Pirliput continua. Ça jaillissait de sa tempe et ça venait se collusionner en bulldozers sur le parquet. Un vieux bloc de papier blanc fait pour les lessives du temps où Simone faisait des messes de motivation. Il commençait des histoires. Il ne se retournait jamais dessus, ne se relisait pas, aucune coalition personnelle, rien, il vivait juste, ou pas assez, ou peut-être trop mais cachets.

Un matin, il reçut une deuxième lettre.

« Cher monsieur Pirliput,

Je crois bon de noter que vous avez fait une inversion considérable dans l’avant-dernière phrase de votre trente-huitième texte, qui me fait penser à un distique épouvantable. Ne m’en voulez pas, je dis juste ça pour vous aider, sur ce long chemin douloureux qu’est l’écriture. C’est pour que vous vous amélioriez. Je vous encourage personnellement à continuer, comme je vous l’ai déjà dit. Je vous ai tout de suite remarqué, vous valez quelque-chose, bien que ce ne soit pas abouti, comme vous pouvez vous en douter vous avez encore des progrès à faire. »

Monsieur Pirliput eut soudain un bref hoquet, il oublia tout à fait la lettre, la posa dans un coin, préoccupé de son hoquet, se demandant bien comment il allait le juger.

N’observant qu’une souffrance du bout des doigts la sornette en expulsion comme si demain n’était, contemplant la douleur comme un jet de pellicule, à le contorsionner divinement.

Né collé, à l’asphalte, les papiers îvres, la lunette peinte, les lèvres carriées, les dents violettes ; né collé monsieur Pirliput s’en va maintenant dans les magasins un long chemin qu’il déteste à frôler les ménagères et les couples toute la brûme de ce qu’il a senti se dissiper un jour dans sa vie, les perles d’agathe de sa femme qu’elle lui collait entre les mocassins, le souffle diamanté de son âme tellement elle voulait ne rien ne pas casser les murs de la maison le bonheur tel qu’il les entourait. Les couples maintenant, qui font comme si rien n’existait, comme si tout se rachetait, le bonheur du lendemain accessible en tours de passe-passe l’horizon comme un poulpe. Des paquets d’Haribos et de Malabars dans les mains des enfants abrutis. Monsieur Pirliput pense à Matthieu. Matthieu Pirliput de son vrai nom, né collé. Trop collé à sa mère, il l’avait bien dit. On n’avait pas voulu le croire, on avait offert toujours plus de colle et l’enfant s’était détraqué désaxé aux seins de Simone la glue entre les dents son tarot pestilentiel de jeu de mots en braille dans les yeux collée sa soif. Monsieur Pirliput merde avait raté un pilier dans sa vie, il était sorti en braille du ventre obèse, en cloque de tout ce qui était prédit, depuis la nuit des temps, cramé, dandy encaustiqué, l’enfant du siècle, son enfant. À avoir mal aux dents de la vie. Impuissant, il fit des rames.

« Cher monsieur Pirliput… »

Cette fois, monsieur Pirliput se concentre et tente de faire aboutir les occlusions de l’inconnu dans son organisme. Il les dote de son humanité.

« Cher monsieur Pirliput,

J’ai cru bon noter que vous vous orientiez vers la dérive poétique – et c’est à mon avis ce qui semble constituer votre œuvre depuis son début d’après mes analyses – mais me permettez-vous de vous conseiller de vous orienter vers un chemin plus décent mêlant des perles de mots comme des abîmes (sic) je vous enjoins de vous parer de syphilis (sic) en ces beaux jours et de creuser cet essai philosophique (sic) (sic) écrit le douze, de persévérer dans cette voie. Moi je vous ai remarqué et ce n’est pas rien (sic), sachez-le, j’ai un caractère remarquablement divin (sic) (sic) (sic) pour deviner ce genre de choses. Le don chez les autres. Car j’en ai moi-même un.

Bien à vous,

Sic. »

Monsieur Pirliput en 70 avait trente ans et c’était la première fois qu’il fumait un joint. Et il avait oublié après. La fêlure, le rire soudain, les yeux recroquevillés dans le cimetière blanc des filles s’appelaient Sophie à l’époque. Il avait fini postier dans une merde cinq ans après, il fallait mourrir Simone et Matthieu. Ce soir-là il oublia tout à fait la lettre, il pensa juste, soudain et très fort, à un joint. Ça lui revenait maintenant. Un joint. Il partit aux Halles, et acheta un joint tout fort à un pauvre type. Il le fuma longuement en regardant sa maison de Courbevoie. Le salon était petit, mais il y avait une fontaine qu’ils avaient faite construire par une japonaise d’intérieur à bas prix. La décoratrice avait des grands gestes violents pleins de karaté et de désarroi avant de désigner le mur comme seul ultime effroyable coupable. Puis elle avait creusé les doigts, muscles. Très ferme, elle avait indiqué un autre mur, bouleversant leurs futurs furoncles. Simone s’appelait Simone et c’était pas facile à porter, sauf pour Matthieu qui s’appelait Matthieu et avait béni sa mère depuis le premier regard sachant que son nom faisait partie de sa peau et qu’à sa peau il pardonnerait toute sa vie entière même pour un poisson.

Elle s’infiltra en morse dans son frigidaire. Simone ? elle s’infiltra dans le frigidaire avec ses mots comme quoi il mangeait pas assez bien, avec sa polyarthrite rhumatoïde et sa future probable mort. Il la sentait à chaque recoin de camembert et surtout dans la vinasse mal nettoyée du compartiment légumes. Il tira sur le joint, à déambuler dans les pièces et la chambre de Matthieu qu’il n’avait plus vu depuis l’hôpital. Matthieu avait disparu depuis ses vingt ans, majeur, on ne pouvait rien pour lui chez la police. Majeur, il a juste quitté le nid, qu’ils ont dit très suspicieux, comme s’il venait de battre Matthieu dans l’après-midi. Mais il l’avait pas battu, il avait juste rien fait de sa vie. C’est ce qu’il se disait maintenant. Qu’était devenu Majeur.

Majeur était peut-être devenu une Sale Merde. Peut-être que Majeur n’avait pas supporté l’affront de la solitude en hôpital et Simone qui ne pouvait rien faire. Fallait la voir se mourir de tiédeur au crépuscule d’avril, pleurant sa douleur et son hébétude d’être mère d’un frappé. Il osait à peine la toucher car il avait peur, elle se rompait en sourdine sur les bancs dans Paris l’été, ils contemplaient le périph circulaire abîmés. Une montagne d’os grelottait dans la carcasse de Simone, elle foutait des claques à ses dents des poules à sa chair elle relevait soudain le visage dans le crépuscule du printemps et elle disait sers-moi encore, ils avaient toujours été des gens simples, avec le temps ils étaient devenus simplement concassés.

Ils marchaient pantelants serrant le poing dans leurs poches et leur ombre pocharde qu’ils avaient foutue là, ramassée en bouillie près des clés des tickets. Ils actionnaient l’alarme du métro pour rien, ils traversaient quand c’était vert, ils s’allongeaient dans les déserts, ils entraient chez des inconnus, ils frappaient le carrelage de leurs poumons violets, ils s’abîmaient la nuque dans des bars de quartier, ils se flétrissaient l’absolu dans les parcs environnants, ils criaient dieu pour les voir pâlir, ils criaient suce-moi pour que dieu vienne pas, ils criaient un peu n’importe quoi ça faisait des claques ils saignaient partout des fois ils se tenaient par la main mais ça avait vite disparu ils criaient l’enfance et la gestapo et la disparition, ils s’enfournaient chez les autres et juxtaposaient leurs membres aux couteaux en léopard, ils marchaient ainsi continuellement comme des savons, Simone avait un bébé dans le ventre, ça les rendait présentables Simone avait le feu au cul, ça se détériorait dans leur vie cette glande qu’ils n’auraient jamais dû avoir, ça se détériorait cette douleur, mais quoi ? aurait peut-être dit Sale Merde, son fils – et que devenait Sale Merde qui les avait abandonnés ? – Peut-être aurait-il dit : ce n’est rien : un enfant est la plus cruelle des choses au monde, je vous ai épargné mon regard.

Monsieur Pirliput s’activait le poignet les heures s’étouffaient à califourchon sur sa transcendance.

Nous pouvons mentir se dit Pirliput. Nous pouvons mentir. Et mon fils actuellement ment. Mais où, et à qui.
11.4.06
La Lumière
éteignez-là s'il-vous-plaît
éteignez-là
je n'en ai pas besoin
je voudrais m'abstenir de voir
puisque personne d'autre ne veut l'étreindre
on en brûlerait d'envie
des canaux invariables
à l'étrange goût de mandarine exilée

"..allons ailleurs"
en somme
dégageons
faisons autre chose
mais mangeons à notre faim
les âmes de nos contemporains
..soulfly - soulfly V
9.4.06



Quelque-chose se passe aujourd’hui, quelque-chose se passe rien. Je voyais pas le truc venir. C’est au moment où j’ai dépassé la porte, l’église était claquemurée, calme, la grosse porte comme je l’avais vue ouverte ce jour-là, rentrée à ma droite, une vieille dame y entrait, c’est peut-être ce qui m’y a fait penser, à la foule de ces gens complètement ; et certains se jetaient sur la carcasse, et qu’est-ce qu’on pouvait y faire, c’était trop, trop d’un coup pour tout le monde, la porte m’a happée comme ça, juste une seconde et j’ai eu l’air cramée devant les gens qui passaient. Dans ce pays-là faut faire attention à toi, un pas de trop et on te soupçonne parisien. Avec ma grosse merde beige sur le dos on dirait que je pèse cinquante tonnes et mes baskets crasseuses ils ont rien dit, pas cillé, je suis passée, un peu trop peut-être avec ma porte dans les yeux, dans leur seconde, leur merde de seconde qui s’acheminait en larmes sur mes poux, j’ai mélangé les gens, la porte avec ce qui était un peu trop perdu, ça m’a collé les mandibules, j’ai eu les yeux un peu trop tranchés de colère, et là encore je m’exprime mal, c’était pas comme tout à l’heure devant le distributeur, là c’est de la merde, mais quelque-chose s’est absolument passé dans toute la ville, jusqu’à Auster que je lisais pour oublier le tombeau, là par hasard ça m’est revenu Auster, dans la librairie, n’importe quoi, j’allais retourner dans le tombeau et le tombeau je venais de le vivre à heure calme les cheveux hérissés sur mes tempes, les fous qui tournaient autour du canapé et je pouvais pas vivre ça, j’ai fait un putain de dessin qu’exprimait de la merde, une sale merde noire sans contours, j’en ai conclu qu’il me fallait n’importe quoi pour calmer ça, et Paul Auster ça m’est revenu. Ça partait de Lulu on The Bridge, un vieux souvenir.

Les gens me prennent en pitié. En général. Je suppose que c’est ça. Ce n’est pas exactement ça. Mais ils doivent sentir. J’ai pas une voix tellement normale, sauf quand je bois. Sauf quand je mime quelque-chose qui ne m’intéresse pas, qui ne m’appartient pas, faut bien évacuer. Mais sinon faut voir le carnage. Et comme ça brûle. Alors je suppose que les gens de cette librairie hyper contorsionnés sur leurs livres et leurs livres, muets et appliqués, dans un souci de la religion du mot et du silence, une certaine concentration, bref quand j’ai soufflé mes sales murmures ils ont dû sentir le carnage ils me l’ont donné dans les mains. Tout sauf la rupture de ce que j’avais vécu tout à l’heure, en regardant le ciel et les oiseaux légèrement coupés par un toit de bitûme et les chats par centaine, surtout un qui m’a fixé, comme d’habitude, et les fous qui tournaient derrière. Je savais pas pourquoi j’étais là, ce que j’étais venue donner, rien, avec mon masque qui se déformait. Parce que personne n’attendait qu’on donne.

Cet homme s’est lancé dans le mode de la poubelle. C’est comme ça qu’on les reconnaît. Ils peuvent pas s’en empêcher. Ça sort avec violence de leurs pores, toute cette incertitude, cette peur du déchet qu’ils deviennent, ils comprennent pas, toute cette vie qui court, est-ce qu’ils sont la vie eux-mêmes, est-ce qu’ils la restent à force de la raconter, bref, on les reconnaît comme ça, ça finit forcément par leur échapper, d’Auster à Acker et Beckett. Ça les démange. C’est un signe. Tu veux du vrai, tu veux savoir qui est qui, cherche la poubelle, c’est ce que je commence à penser. Toute la considération to hell until you are dead du mot-du langage-du verbe- m’a fondamentalement fait ricaner, putain j’me suis dit coco t’avais quand même quarante ans quand t’as écrit ça et t’en étais encore à ça le mot-le langage-le verbe mon pauvre vieux, c’était fin intelligent, mais merde bref, mais bref : la poubelle, au milieu de son marasme du Verbe, quand même heureusement. Ça trompe pas. Et je promenais ma poubelle entre leurs sourires déviants, ces putains de croque-morts qui lessivent pas leur peine à langue de pute. Ça a été un sale moment. Plus tard dans le train je me suis dit que c’était une question de perte, et que tout ça, de la couleur à l’âme c’était une putain de vengeance ou de questionnement ou d’expression quant à la perte, et que tout se résumait à ça. Et que la poubelle c’était le symptôme. On se perd soi de tout ce qu’on a perdu. Je veux dire les lambeaux et la coupure superficielle de la douleur, la déréliction par la vomissure, l’oubli de soi et de sa propre considération, c’est un peu pour signifier cette perte. Cette horrible perte dans les portes d’église, qu’on regarde un peu comme des égarés. Faut voir comme le temps nous apprend à les mépriser. On a peut-être perdu la religion, ri de ses divagations, mais faut voir comme tout se termine, inéluctablement, dans le même endroit, et que pas un ne figure pas là, en épitaphe, dans les songes de ces parcs à canons. C’est risible. Dans le train je me suis un peu foutu de la gueule de Paul Auster. Mais je l’ai remercié, parce qu’à part mon stylo bille rouge et vert et noir y’avait que lui du soir au week-end. Ça devient sale. Je suis revenue et c’est devenu moche, j’ai rencontré à nouveau mon épicier sympa avec ses couscous et sa femme, j’en ai empilées encore dans mon sac. Je me suis dit que j’emmènerais bien tout le monde là-bas, Lysane, Nicolas, et tout le monde, e t Roxane et Anne, et la vie en entier, dans ces putains de cimetières, j’y ai pensé devant le distributeur mais j’étais peut-être azimutée, à me raccrocher à des espoirs Virginia Woolf et j’ai chassé ça, et j’ai retrouvé le sale monde où il était, James et la liste, que c’est un peu cette respiration qui brûle au milieu de gens qui se retiennent tous de respirer toute leur vie que c’est un peu la merde, j’avais un peu que ça, en cet instant-là. Me dire que quelque-chose s’était absolument passé dans tous les recoins de la ville et dans leurs yeux, et que c’était peine perdue, plein de choses me sont revenues, des images edeniques, techniquement irréalisables à l’heure qu’il est, et c’est fou comme on veut plus penser avec le temps qui passe et qu’ils comprennent pas vos yeux vides, c’est pour mieux oublier le masque, bref j’ai encore fait incursion au pays des paumés, moi je suis pas paumée je brûle et vous m’estomaquez. Et je continuerai et vos portes d’église je les cramerai et la solitude, celle-là que vous réfutez, je la branle, et les soucis, ceux-là qui vous affectent, ça tourne sans me blesser, et cette vie de merde, celle que vous avez choisie, je plonge les doigts dressés j’en ressors votre cœur de maladifs. Pauvres merdes.

C’était un week-end à saint-germain des prés, parce que plus on est loin de la capitale quand on a un petit esprit plus on veut en être. C’est insultant un paumé humble qui vient de Paris. C’est pas normal. Rien n’est normal de toute façon, quand on est libre. On n’en veut pas quelque-chose se passe rien. Je me suis dit putain mon gars t’as quarante ans et t’es encore en pleines frontières, putain mon gars si quelque-chose se passe faut un peu le dire comme si t’es analphabète. Je veux dire y’a pas de verbe, il est sans toi en tout cas, il a attendu que tu sois autre et que tu le dépasses, sale sans-couilles espèce de merde.

Et alors je pense à elle et j’y ai pensé tous les jours que dieu fait.

Mais je peux comprendre en tout cas sa blessure d’avoir quitté sa vie pour vivre ce qu’il estime vivre.
8.4.06
/
Critical Malfunction

Puisque je dis, bordel, qu'il se passe des choses...



/
Critical Malfunction

Un cri aphone, un mouvement immobile, un élan avorté, une
puissance stérile, et la volatilité du rêve sous des doigts noueux
et maladroits. Un roc friable à force de coups de tête muraux,
perdu dans une aveuglante tempête de poudre, un blizzard
qui fouette le visage jusqu'au sang, et une silhouette qui s'estompe.

"Un jour ce sera la dernière rencontre, la dernière lettre, et je saurai
alors que je ne t'aurai pas dit l'essentiel et qu'il sera trop tard..."

"Ma vie toujours devait être guidée par mes rêves. Il n'est rien
qu'ils ne puissent obtenir de moi et déjà dans ce temps-là je
me livrais à eux sans réserve. Aussi était-il tout naturel pour moi
de rechercher la solitude. Aujourd'hui, celle-ci me mène à ceux-là
comme par la main. Fermer les yeux c'est ouvrir une porte."

"Nous sommes pareils nous sommes pareils nous sommes pareils
nous sommes pareils nous sommes pareils nous sommes pareils
nous sommes pareils nous."

7.4.06



/
Critical Malfunction

L'horizon s'arrête aux pores de la peau, aucune échappatoire
plus d'excursion au-delà, la chitine n'est pas qu'un firewall
c'est également un verrou, partageant sa nature avec
l'hormone sombre, la minerve granitée, et la médication avortée.
Cette peau qui a trahi son porteur, qui a perdu son aimant,
à la polarité folle, un protocole totalement sinistré.
L'horizon s'arrête aux vis de la carcasse, enserre la neuromère
cardiaque, étouffe ses élans électriques, cette combinaison qui
recouvre et aveugle les oculaires grillagés.
Un regard brûlé d'avoir contemplé le corps et l'âme de l'autre,
de l'aimant qui pouvait inverser la sclérose, qui pourrait arrêter
la nécrose des systèmes. Plus d'autre horizon que le souvenir de
cette vision, et des millions de rads que dégagerait l'explosion.
Sauf qu'il est hors de question de vivre autrement qu'avec cette
motivation, la moindre routine est configurée en fonction de cet
unique algorythme. Ni chitine, ni mise à jour ni évolution, mais
une analyse synchronique, des programmes persistants et une
endurance aux surtensions. Ni métamorphose ni prohibition,
mais un contact, un point nodal à peine esquissé et remis
en perpétuelle fusion. L'entropie transversale qui se répand sur
les réseaux synaptiques préfigure un embrasement viral qui
détruira la neuromère. Sauf que ça ne se passera pas comme ça.
Une diode palpite toujours, il se passe des choses.



Fosse commune


nous échangeons des regards torves et des moisissures
ainsi va le monde lorsque le ciel se vomit
les difformités s’imbriquent, les inaptitudes se relaient
les habitants de la marge sont toujours extradés
et les portes de la geôle se referment en secret

puisque le bonheur nous a délaissés
parce que le malheur ne nous a pas tués

nous lavons la fange dans la fange
nous chérissons le vice, en ce que nous sommes
de lui, comme le fils est du père
comme le père est du fils, jetés en pâture
l’un à l’autre, jetés aux ordures
l’un de l’autre, nous copulons dans la crasse
de Judas les apôtres, nous sonnons notre messe
nous tétons nos couleuvres et en léchons les traces

reste alors un peu de sang
une langue qui m’avale, une avalanche de dents
et d’émotions baveuses, l’étreinte adipeuse
dans laquelle se débattent les ébats forçats
à la remorque de l’appétit comme des abats
bourrelets et baisers, pendouillant ventousés
reste encore un peu de sang, pour en saucer les doigts
qui bégaient pour tenir un ersatz de joie
un sexe odieux qui brûle qui larmoie
une puanteur indéfectible

je ferme les yeux lorsque je l’embrasse

le cœur vagissant, humiliés
d’épanchements boiteux en sourires déraillés
partenaires et complices d’une tare partagée
nous faisons l’amour des monstres
l’amour des ratés
6.4.06



comme si
les lendemains
dépendaient d’un mot
la fuite et le sale temps
du type à ma gauche
me frappe de son crâne
dans les métros replié le drame
du t’as pas une clope perpétuel
sur le banc des phalanges crasses
les dérives sèches
de demain m’indiffère
qu’un souffle à faire
pour que l’autrefois minute
les triples contractions
des familistères
4.4.06
18e, des carcasses se vident de leurs dents je taille des pipes à ma colère la mémoire en boucle. J’ai vécu il y a longtemps ici, avec Mathilde. Je ne sais pas qui est Mathilde. Elle puait la friture et le poison. Sa gueule aplatie dans les bars se frictionnait la liposucion des dégueulis de sa pension tandis que moi j’oubliais l’invalidité des saisons dans les flaques de bière et les parcs en béton. Mathilde éclaboussait mon rire de ses dents cariées m’implorait de la manger. Mathilde était connement antipathique la symphonie de ses bourrelets m’écartelait le front.
En janvier on a passé trois mois à se défaire le monde, le douze janvier trois jours à recoudre les papillons. Les papillons étaient tous morts, c’était la pénurie des lampadaires et des vodkas citron. Elle ramassait par terre des jambes terrassées par l’altitude et les mauvaises habitudes alimentaires, moi je séquestrais des camions blessés par des sédentaires. Une chambre d’hôtel miteuse qui pissait dans tous les recoins, nous à quatre pattes à chercher un bout de joint les rêves et la patrie la famille handicapée l’assurance disparue pour les aveugles dressés. Un jour elle acheta un chien, il fit pas long feu, la chambre lui pissa dessus.

Je tangue aujourd’hui, je suis dans le 18e et je ne dis rien. J’ose à peine bouger. Je ne fais pas un bruit. Il y a des queues plus loin à cent mètres et des ombres de Mathilde. Des vieux clopinent, des femmes hystériquent, je plonge mon menton dans un sein arrache un bouton. Ça pue dans le coin, ça sent la viande avariée et les lâchers de canon, la guerre de la misère, des gosses dans une ruelle plus loin s’électrocutent au formol.

Qui nous arnaque ? je demande au postier et à mon assurance-vie. Qui nous arnaque ? Mathilde Dieu ou l’incertitude ? Qui nous arnaque ? Une queue de cent mètres joint les deux bouts en fusillant ma nuque. Et où sont partis les Noëls ? Une queue de cent mètres trépigne.

Dans le ventre de Mathilde, un truc sanglant est né qu’elle a vite mis en bouillie et qu’elle s’est servi salé pour son anniversaire. Elle avait les yeux cernés ses commissures étaient toutes froissées à Mathilde, on voyait même plus ses yeux bleus enterrés sous des couches de passions. Elle s’était agglutinée sous les infirmières et voulait plus décoller du drap blanc. J’actionnais son haleine de mes yeux vitreux, elle n’émettait plus un son, branchée à l’extinction des papillons.

Comme morte Mathilde.

Tout lâche que j’étais je devenais somnanbule et commençais à marcher sur les toits pour une période longue et indéterminée, je passais cent-soixante heures sur un même toit pendant douze jours c’était une fabrique de pigeons. Je scrutais les fenêtres des fois qu’un oeil bleu en jaillisse, mais y’avait rien que des palissades et des fauteuils qui montaient sur des tables, tables qui accouchaient de chaises.

Je m’arrêtais périodiquement près de certaines cheminées, à fuir Mathilde et le soleil couchant, préférant l’insomnie des vertèbres et la fatigue des pleurs. Fallait voir comme je pleuvais sur Paris, des flaques à mes pieds, un canard se mit à me coller.

Un jour elle sortit de l’hôpital elle partit en Afrique elle m’envoya des clés à la figure et tout un paquet de fringues. Elle parlait en pointillés la majuscule en coton. Je me suis mis à lui écrire des poèmes à Mathilde, à lui rappeler que le ciel était encore rouge et le soleil bleu, à lui tresser des champignons et des luttes, des cheveux et des feuilles mortes. À pointer l’horizon en difficulté du doigt. Elle me rangea dans un hangar de manière à ce que je ne me blesse pas.

Mathilde et ses sourires pourris en peau de luxe son trouffion qui claquait sous les ponts dans les lampions, la valse de merde qui nous marchait sur les pieds, le filet de vomi quand on s’embrassait, la fornication de nos moignons, la bohème à plat ventre, les croûtes de sang séché sur nos chimères, Marie et ses porcs qu’elle choisissait au kilo, moi et mes portes que je franchissais en hurlant quand elles étaient ouvertes et la merde, et la merde. Et une merde noire qui nous creusait les plaies, collées aux vêtements, on cherchait des taxis on trouvait que des kilomètres, on cherchait de la pluie on trouvait que des fontaines sales à pièces d’or, on cherchait Mathilde et moi-même mais on les avait perdus, sous les lampions dans une valse de merde.

Mathilde je l’ai cherchée cent-huit ans et faut voir comme le temps passe sinistre. Dans le 18e je cours partout sang dessus-dessous, j’ai froid et je cogne aux parois.
Je reprends un café. L’inhibition est levée, le train est en marche, les rails dans la tête et les vis dans les yeux, les montagnes russes de l’enfance la barbe à papa qui colle les mains dans la main l’eau de mer qui pique, l’hôtel Mickey Donald et les autres, la soirée Western et mon père en chapeau, je me décide pour un whisky pas de whisky au Mac-Do juste des décasyllabes en rang serrés sous des images à colle forte, le corps est une immense mousse irritée pas de saison, trop mûr, le soleil atomique dans la bouche, l’étourdissement reprend, quinze seulement, quinze y’en avait seulement. L’église de la Madeleine est en face et rigole de mes ordures, elle nous regardait ce jour-là elle se marrait bien les deux petits points noirs ahuris sur ses marches un litron dans chaque main l’église attend, ce soir je lui livre la conclusion : qu’il vaut mieux tanguer et perdre l’équilibre, qu’il vaut mieux shooter dans les oiseaux et tirer les grands-mères, se ramener le corps, là, et sa peau tirée sur les vieilles marches comme si rien n’avait existé.

Paris bleu soleil grappes sur les marches rendez-vous et des gens se serrent dans les bras se roulent des palots tandis qu’une canne monte en tremblant les marches être manchot sous le froid soleil d’avril le testicule en gestation et les sourires cramés des singes – est-ce qu’on peut faire contrôle Z ici. Se retrouver au départ, rue la Boétie ou dans les mains de ma mère. Montparnasse, rue du Départ et tout qui implose, la succession monotone des pleurs indifférents les anecdotes grinçantes des abonnés qui meurent la carte tenace enfoncée au synapse, le réflexe des peurs humides et les brûlures cassées, les cantates en syncope le klaxon des paumés les poèmes que la vie a détruits dans des bars asséchés, des taxations maladives, des pigeons pouilleux sur les grilles chaudes d’un univers qui tourne et perd l’équilibre il marche sur une patte devant l’église de la Madeleine l’univers fouille et perd l’équilibre il atterrit sur le bec des poèmes que la vie a détruits il fouille dans les décharges municipales où sont enterrés les oiseaux, le gingembre des assassinés, l’hypoglycémie des massacrés l’infarctus des beaux jours les poubelles de rimes, les quatrains et les décasyllabes chez Mac-Do c’est l’été je prends un café, je suis dans le givre mes poignets brûlent, mais ce n’est rien.
Bah nan, there y a du rallecage, voyons.

C'est pas avec un doigt ou deux qu't'y arriveras, t'sais.
3.4.06
Ça fait du bien, néanmoins y’a des cloques. Mais y’avait rien sous la main quand elle se sentait prête. Connerie d’ustensile. Maintenant ça brûle un peu. Rien du tout, rien comparé à ce que ça aurait dû être. La souffrance est invisible et grossit comme une tumeur. Maintenant on va y arriver. En croisant les déchirures dans la chair, du coup elle a créé des mutineries de peau. La peau semble étonnée, dans sa transparence givrée de rouge, vaguement soulevée au dessus des chairs. Elle ne peut pas s’arrêter maintenant. Il lui reste un truc à finir.

On coupe jamais ce qu’il faut. On coupe en surface. Alors faudrait peut-être prendre maintenant des trucs qui s’attaquent à l’intérieur.
2.4.06
cut and paste tribute
(la pluie, ma seule et unique amie)




Who'll stop the rain
Who'll stop the action

East side west side

The world moves on


I heard a rumour that fires were started
Flame in the streets and tension uncharted
Bigger than life at the edge of the city
Ashes and diamonds gleaming with pity

Between midnight and dawn you slept through the deadlines
Believe in me and we'll hit the tall headlines
Look up and laugh be happy today
Here come the waves count three and pray

A global affair in big house u.s.a.
A moving violation angels over Broadway
The next voice you hear will be the main attraction
The next time we love stand by for action

Meet me tonight and love me for ever
Let's be happy let's be famous whatever the weather
The rain must fall and night time is calling
Golden boy and golden girl it's a great day in the morning

Who'll stop the rain
Who'll stop the action

East side west side

The world moves on.
La neuvième heure, il ricane. Il se lève puis il ricane sauvagement : mais que m’est-il arrivé ? Soudain le monde est un enfant rosissant qu’il sent gronder la bouche ouverte juste au dessus de sa tête : les cris des chinois dans leurs échoppes bariolées, les trottinettes des enfants, les sacs en mousse des filles, les voitures rutilantes parquées devant des restaurants, des rendez-vous, des rendez-vous de restaurants, il palpe clairement cette famille assise en rond autour d’un poulet suintant, Paris hurlant, le soir tombe et la mauvaise vie redémarre, le clochard crie de ses pores en béton, il glisse entre les riches homosexuels, les vagabondes à voix de crécelle, il ricane, voyons, il ricane. Ce n’était rien. Un infantile égarement, une âme qui pleurait à grosses gouttes, mais voilà : tout ce monde dans ses mains. Pleurer juste, de ne pas savoir l’actionner. Il se moque de lui maintenant. Mais que ? Il contemple maintenant le flacon et rit à grandes coulées. Sa tête est un tuyau qui court sur tous les murs de la pièce, il rit si fort : quand il regarde le flacon, il ne voit plus qu’un pauvre flacon. Il n’a rien à lui dire, sinon son mépris, pour la mort, son amour de la vie, non qu’il la trouve soudainement belle, mais elle lui semble à nouveau tolérable, gonflée de sève, acceptable, polie, un rempart serein. Sous ses pieds, enterrées, deux pages crépitent, qu’il oublie tout à fait.
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